Note d’intention

La question des frontières et des migrations (clandestines ou non) est un des sujets qui traverse mon écriture régulièrement.

En 2011, j’ai écrit Terres closes, texte fragments faisant état des différentes barrières élevées, physiquement ou administrativement, pour contraindre et empêcher les mouvements de population (des extraits de ce texte ont été publiés en 2014 dans la revue Le Bruit du monde). L’achèvement de ce texte ne me donnait pas pour autant le sentiment d’en avoir fini avec cette problématique… Et le monde n’avait pas encore été saisi des flots d’images en provenance de Turquie, de Grèce, de Hongrie, etc.

Au printemps 2015, Antonella Amirante, metteuse en scène de la compagnie Anteprima, a partagé avec moi l’histoire de Mohamed, un jeune homme parti seul de Côte d’Ivoire jusqu’à Nantes, dans le seul but de continuer ses études. Le récit de son aventure, ainsi que la singularité de son parcours m’ont tout de suite intrigué. J’ai aimé immédiatement cette quête, ce désir si intense qu’il lui fait braver tous les dangers. Et je me suis mis à écrire.

Dans la réalité, l’histoire de Mohamed se termine bien. Au moment où j’écris ces lignes, le jeune homme étudie dans un lycée nantais. Mais plus je cheminais dans les débuts d’écriture, plus j’avais mauvaise conscience de raconter les milliers de vie abîmées ou sacrifiées par le voyage à travers l’exemple d’un seul qui s’en tire.

Un documentaire d’Olivier Jobard, grand reporter spécialiste du sujet, m’a offert un début de réponse. Dans ce film, une jeune femme, crâne rasé pour se faire passer pour un homme, chaussures bricolées avec deux bouteilles de plastique, regarde droit la caméra afin que sa famille puisse la voir. Puisse voir la dureté du voyage. Sa déchéance (ce qu’elle considère elle-même comme).

Le second personnage Du piment dans les yeux, Inaya, est né ainsi.

Je veux croiser ces deux chemins – deux raisons de partir et deux destins différents. J’ai envie de donner corps à ces deux personnages, en me permettant d’aller un peu plus dans l’intime que ce que je fais d’ordinaire dans mes textes.

Et plus que tout, je souhaite faire de ces deux jeunes gens non pas les victimes de notre monde, mais les héros de leur histoire.

août 2015