– Vendredi 23 avril 1999. Massif de la Chartreuse.
– Peut-être qu’en réalité, ça commence pas vraiment ce jour-là. Peut-être qu’en réalité, ça commence pas vraiment sur cette petite route de montagne qui relie Saint-Pierre à Grenoble. Peut-être que ça commence ailleurs, que ça commence plus tôt.
– Vendredi 23 avril 1999.
– Ce jour-là, les vingt-cinq enfants de la chorale du centre social Chantoiseau disparaissent, laissant leurs accompagnateurs tout seuls sur le bord de la route.
– La gendarmerie déclenche un gigantesque plan de recherche. Des dizaines d’hommes et de femmes fouillent les lieux, sans succès. Les enquêteurs procèdent à d’innombrables interrogatoires, ils griffonnent des kilos de papiers, remplissent des cartons de pièces à conviction… Les investigations durent des mois et finissent par conclure à un accident de montagne. On déclare les enfants disparus. Fin de l’histoire. Ou plutôt : fin de l’histoire telle qu’elle a été racontée jusqu’à présent.
– Peut-être que certains éléments de l’enquête sont plus importants que ce que les gendarmes ont pu croire.
– Peut-être qu’en se concentrant sur ces éléments-là, alors le 23 avril n’apparaît plus comme la fin, mais au contraire comme le début d’une histoire incroyable.
– C’est ce que nous pensons.
– Une histoire qu’il faudrait raconter.
– C’est ce que nous allons essayer de faire.

Reconstitution
On est quelque part sur la route entre Saint-Pierre et Grenoble.
C’est le jour de la disparition des enfants.

– Il faudrait pouvoir imaginer le paysage dans lequel se déroule cette histoire. Dans cette histoire, les paysages sont très importants. Il faudrait pouvoir imaginer une petite route qui grimpe à travers les montagnes. D’un côté de cette route, il y a une pente, très raide. Elle descend directement jusqu’au fond de la vallée.
– J’entends le murmure du ruisseau qui roule tout en bas, de rochers en rochers.
– De l’autre côté de la route, pas de falaise, mais une forêt. Une de ces forêts serrées d’arbres immenses où la lumière du soleil ne s’infiltre jamais vraiment. Une de ces forêts qui teste ton courage.
– Je sens cette odeur mélangée de sève et de terre humide.
– À présent, écoutons.
– J’entends le ronronnement fatigué d’un moteur. Un moteur qui a déjà fait au moins huit fois le tour du monde.
– Un nuage de gasoil enveloppe le véhicule.
– C’est le car de la chorale du centre social Chantoiseau.
– La chorale de Chantoiseau, c’est vingt-cinq enfants âgés de huit à douze ans. C’est madame Hamelin, la chef de chœur, et José Machiari, son chauffeur. Et puis c’est ce car, épuisé par dix jours de voyage à travers les montagnes.
– La tournée se termine aujourd’hui. On prend le chemin du retour. Les vacances se terminent aujourd’hui. Chacun va retourner chez soi. Dans le car, tout le monde est muet et regarde dans le vide. Pas un bruit. Sauf celui du moteur.
– On est le 23 avril 1999. C’est le jour de la panne.

Répertoire de la chorale
« Nous partirons un jour »
paroles et musique de Béatrix Hamelin

« Nous partirons un jour
Laissant nos portes ouvertes
Nous partirons un jour
Vivre de découvertes

Nous quitterons les rues
Qui nous ont vu grandir
Nous quitterons ces rues
Pour dessiner l’avenir

Et tenter l’aventure
Des chemins inconnus
Pour tenter l’aventure
Loin des sentiers battus

Nous partirons un jour
Laissant nos portes ouvertes
Nous partirons un jour
Vivre de découvertes

(…) »
– C’est la chanson qui ouvre le concert de la chorale.
– « Nous partirons un jour ». Le début. Chaque année, madame Hamelin écrit les paroles et compose la musique des concerts. Elle créé un nouveau spectacle chaque année, un spectacle à thème pour les enfants du centre social.
– « Nos vies rêvées. » C’est le thème de la tournée 99.