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Prologue

Pierre et Nina se tiennent côte à côte.
Au public.

Pierre. – Là où j’habite, je connais par cœur.
Tous les petits cailloux.
Les brindilles.
Tous les buissons.
Les arbustes.
Les chemins de terre.
Tout.
Je connais tout par cœur.
La boue après la pluie.
Les herbes vertes et puis jaunes.
Les flaques.
Les premiers gels qui recouvrent le paysage en blanc.
L’odeur des feux de bois qui sort des cheminées.
C’est chez moi, je connais par cœur.
Comment on passe du printemps à l’automne. De l’automne à l’hiver, au printemps.
C’est là que je suis né.
En hiver.
Sous la neige.
Enfin pas vraiment sous la neige parce que mes parents,
ils avaient quand même une maison avec un toit sur la tête.
Mais sous la neige parce que dehors, c’était impossible de rejoindre la maternité.
Ça tombait en tempête.
C’est ce qu’ils m’ont raconté, mes parents.
Ça fourrait les voitures dans les talus.
Ça avalait les jambes jusqu’au-dessus des genoux.
Pas un temps à mettre un accouchement dehors, quoi.
Alors ma mère, elle s’est installée confortablement et
avec mon père, ils ont fait ce qu’il fallait pour que j’arrive ici.
Confortablement.
Ce qui fait que c’est difficile d’être plus d’ici que ce que je suis d’ici.
Depuis tout le temps.

Nina. – Pas comme moi !

Pierre. – Pas comme toi, non. Mais ça, au début, on le sait pas.

Nina. – Moi, je connais les trottoirs des grandes villes.
Les trottinettes électriques.
Les vélos-cargos.
Le métro, le tramway, les gares et les aéroports.
J’ai déjà voyagé trois fois à l’autre bout du monde :
la première fois, c’était pour nager au milieu des tortues ;
la deuxième, c’était pour traverser le désert à dos de dromadaire ;
la troisième, pour me perdre au milieu des arbres géants d’une forêt préhistorique.
J’adore.
Quand tout est bleu.
Ou tout gris.
Le vert, partout.
J’adore.
Le bruit des villes dans des langues que tu connais pas.
Les sons qui t’arrivent aux oreilles, que tu aurais même jamais imaginés !
Les klaxons.
Les taxis.
Taxis-voitures.
Taxis-motos.
Taxis-vélos.
Les cris des marchands de trucs qui se mangent et puis, quand tu les approches de ton nez, t’es plus tout à fait sûre de vouloir les goûter…
J’adore.

Pierre. – Ça doit être chouette, quand même.

Nina. – Plus que chouette, sûr. Ce qui fait que quand je me suis retrouvée toute seule ici…


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