Note d’intention

Il est délicat de raconter plus d’un an à l’avance ce que l’on imagine d’une aventure d’écriture. Et plus le temps passe et moins j’en suis capable. Il est délicat de prédire ce qui devra advenir, alors que tout l’enjeu sera au contraire de ne pas savoir, de ne pas surplomber, de laisser surgir l’imprévu et ses failles. Laisser apparaître ce qui devra apparaître. Accepter. Se fondre dans.
Ce préambule est une tentative pour être au plus près de ce que je sais aujourd’hui. Partager ici des intuitions, des lignes directrices – les premières pistes que j’aimerais explorer lorsque l’écriture commencera pour de bon. Lorsque je pourrai m’asseoir dans un coin de CDI ou d’une salle de classe pour lancer les premières lignes, dans le réel.
Dans les hypothèses de départ, donc, il y a cette adresse aux jeunes gens. Depuis dix ans, mon écriture chemine entre le jeune public et l’adulte, au gré des pièces. Je sais que L’Infâme se construit en rêvant un auditoire de grands collégiens / lycéens, de grandes collégiennes / lycéennes.
Dans les hypothèses de départ, il y a aussi cette demande de Laurent Fréchuret, qui s’emparera peut-être de la pièce, et qui aimerait la jouer dans une salle de classe, avec deux comédiens ou comédiennes maximum.
Cela pose un cadre technique en terme d’adresse, de durée et de narrations.

J’en viens maintenant au cœur de L’Infâme.
Mes dernières pièces mettent en jeu des enfants ou des jeunes gens en prise avec l’aide sociale à l’enfance. Foyers de l’enfance, maisons d’enfants, bureaux de l’aide sociale, tribunaux sont des espaces que j’ai exploré physiquement dans mes travaux préparatoires et symboliquement dans mes pièces. De la même manière, j’ai croisé éducateurs et éducatrices, assistants et assistantes sociales, psychologues, enfants, jeunes gens, etc. qui se retrouvent dans les histoires que je raconte.
Durant toutes ces années, j’ai vu apparaître petit à petit une figure en creux, une absente qui disait à elle seule tout un monde.
Lorsque le milieu social n’est pas défavorisé, comme disent les dossiers, dès lors qu’on se situe dans la classe moyenne ou la petite bourgeoisie, il est pratiquement impossible de penser la violence parentale et encore moins la violence maternelle.
C’est cette question que j’aimerai interroger dans L’Infâme.

Cette sensation personnelle recoupe des travaux universitaire récents : Penser la violence des femmes, dir. Coline Cardi, éditions La Découverte ; Mauvaises filles, dir. Véronique Blanchard et David Niget, éditions textuel ; Vagabondes, voleuses, vicieuses, Véronique Blanchard, éditions Les Pérégrines…
L’Infâme travaillera donc sur la relation mère / fille.
J’explorerai ce qui pourrait être la figure d’une mauvaise mère (comme on dit mauvaise fille ou femme de mauvaise vie…).

J’aimerai me concentrer sur le personnage de la mère.
Un vrai personnage.
Entier.
Contradictoire.
Écrire avec elle, à ses côtés, en empathie…
La comprendre, donc, au plus intime.
J’aimerai que ce soit elle qui raconte son histoire.
Qu’elle se dise et par là, se rapproche de nous.

J’aimerai aussi laisser parler sa fille.
Un tout petit peu.
Par petites touches.
Qu’elle ramène le réel par delà le discours.
Qu’elle ramène à son corps, à ce qu’elle subit, par delà les histoires racontées.
J’aimerai que le duo soit déséquilibré.
Que cela soit évident pour tout le monde.
Qu’il y ait celle qui parle et celle qui subit.

juillet 2021