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Première nuit.

1.

Une cour enherbée devant un mas de montagne.
À la tombée de la nuit.
Du bois fendu s’entasse dans un recoin.
Un hululement retentit, au loin.
Marie est debout, dehors.
Bruits de moteur d’une voiture qui s’approche puis s’arrête.
Derrière la maison, une portière claque.
On ouvre un coffre.
Hubert entre, les bras chargés de courses.

Hubert. – Alors la nonne, toujours heureuse ?
Marie. – Pose les courses dans la cuisine, s’il te plaît.
Hubert. – Je t’ai pris deux bouteilles. Ça ira pour la messe ?
Marie. – Tu viens chercher l’absolution ?
Hubert. – J’ai demandé à un copain pour ta pièce. Il y a moyen qu’il la trouve. Pour ta 4L, je veux dire.
Marie. – Tu ne veux plus monter mes courses ? Je ne suis pas sûre d’avoir envie de réparer cette voiture.
Hubert. – Ça ne me dérange pas.
Marie. – Tu manges avec moi ?
Hubert. – Je veux bien.
Marie. – Ça ne va pas ? Tu as besoin d’aide ?
Hubert. – Il reste encore un carton dans le coffre.
Marie. – Je ne parlais pas des courses.
Hubert. – Moi, si.
Marie. – Tu ne changeras jamais.

Elle sort, en direction de la voiture.

Hubert. – Le compliment se retourne, Marie. Comme si tu avais changé, toi.

Marie entre, un carton de courses dans les mains.

Marie. – Qu’est-ce que tu disais ?
Hubert. – Rien.
Marie. – J’avais cru entendre le son de ta voix.
Hubert. – Donne-moi ce carton.
Marie. – Laisse.
Hubert. – Tu ne veux pas que je te file un coup de main pour finir ces travaux ? J’ai des semaines de vacances à prendre.
Marie. – On en a déjà parlé.
Hubert. – Quand même. On pourrait s’organiser un truc, tous ensemble.
Marie. – Je suis bien comme ça, Hubert.
Hubert. – Ce serait l’occasion de se revoir, tous. Faire une fête, quoi.
Marie. – Je n’ai pas envie de toucher quoique ce soit dans la maison. Ça nous empêche pas de faire la fête.
Hubert. – Il y aurait quand même les enduits à reprendre. Au moins les joints. Pour la pluie, je veux dire. Je ne parle même pas du toit. Prendre soin de l’extérieur.
Marie. – Pourquoi est-ce que tout le monde s’entête à vouloir m’aider ?
Hubert. – Tu es toute seule.
Marie. – Pourquoi est-ce que personne n’accepte que tout aille bien comme ça ?
Hubert. – Même réponse, Marie : tu es seule.
Marie. – Ce n’est pas que ça.
Hubert. – Avec le temps… L’âge.
Marie. – Une femme seule à mon âge.
Hubert. – T’es chiante, Marie.
Marie. – C’est bien ce qui vous pose problème ?
Hubert. – Je ne voulais pas te parler de ça, moi. Je t’ai demandé si tu avais besoin d’un coup de main. Nous, on s’inquiète. Comprends-nous aussi. Te savoir là, isolée. Merde ! Pourquoi est-ce que tu m’obliges à tenir ces discours ? Je suis pas ton père. Je déteste quand tu m’emmènes sur ce terrain. Ça me met dans des postures… Je m’excuse. C’est nul. Je me sens nul. Tu es contente ?
Marie. – Je n’ai pas besoin d’aide, Hubert.
Hubert. – J’ouvre la bouteille ?
Marie. – Je veux me coucher tôt. Je monte dans la forêt demain. Les pulmonaires sont sorties.
Hubert. – Tu montes jusqu’à la tour ?
Marie. – Si la neige a fondu là-haut, oui.
Hubert. – Je peux t’accompagner ?
Marie. – Pour m’aider ?
Hubert. – Profiter de toi, plutôt. Tu n’entendras que mon souffle dans la pente. Je serai muet comme une carpe. Promis.
Marie. – Tu peux, oui.
Hubert. – Profiter de toi ?
Marie. – Si tu veux, aussi. Maintenant, il faut rentrer.

Ils rentrent.
Hululements dissimulés dans les branches, au loin.
Piaillements de fin de jour.


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