Comme si nous… L’assemblée des clairières

le textele contexte d'écriturelire le début du texteimages de la création

Fin 1999, dans le massif de la Chartreuse – entre la Savoie et l’Isère – une chorale d’enfants disparaît en rentrant de tournée. Un groupe entier, d’un seul coup. Sans un signe. Sans une trace.
On accuse un temps l’équipe encadrante de négligence – le massif est connu pour ses gouffres et ses pentes. On cherche un possible coupable, en vain. Passé le frémissement des premiers jours, le mystère cesse de faire recette et les disparus s’abîment dans l’oubli.

Comme si nous… reprend le fil de l’enquête car une lecture nouvelle de ce fait divers pourrait bien apparaître. Et si ce groupe n’avait pas disparu accidentellement ? Et s’il ne s’agissait pas plutôt pour les enfants d’une tentative délibérée d’évasion, d’un refus du monde guidé par l’impérieuse nécessité de vivre une aventure – leur aventure.


Comme si nous… L’assemblée des clairières est une commande de Christian Duchange, compagnie l’Artifice, dans le cadre du dispositif de compagnonnage de la DGCA.

Le spectacle a été créé à l’automne 2019 et le texte publié aux éditions Les Solitaires intempestifs.

Présentation du texte


La genèse de l’écriture

– Vendredi 23 avril 1999. Massif de la Chartreuse.
– Peut-être qu’en réalité, ça commence pas vraiment ce jour-là. Peut-être qu’en réalité, ça commence pas vraiment sur cette petite route de montagne qui relie Saint-Pierre à Grenoble. Peut-être que ça commence ailleurs, que ça commence plus tôt.
– Vendredi 23 avril 1999.
– Ce jour-là, les vingt-cinq enfants de la chorale du centre social Chantoiseau disparaissent, laissant leurs accompagnateurs tout seuls sur le bord de la route.
– La gendarmerie déclenche un gigantesque plan de recherche. Des dizaines d’hommes et de femmes fouillent les lieux, sans succès. Les enquêteurs procèdent à d’innombrables interrogatoires, ils griffonnent des kilos de papiers, remplissent des cartons de pièces à conviction… Les investigations durent des mois et finissent par conclure à un accident de montagne. On déclare les enfants disparus. Fin de l’histoire. Ou plutôt : fin de l’histoire telle qu’elle a été racontée jusqu’à présent.
– Peut-être que certains éléments de l’enquête sont plus importants que ce que les gendarmes ont pu croire.
– Peut-être qu’en se concentrant sur ces éléments-là, alors le 23 avril n’apparaît plus comme la fin, mais au contraire comme le début d’une histoire incroyable.
– C’est ce que nous pensons.
– Une histoire qu’il faudrait raconter.
– C’est ce que nous allons essayer de faire.


Reconstitution

– On est quelque part sur la route entre Saint-Pierre et Grenoble.
– C’est le jour de la disparition des enfants.
– Il faudrait pouvoir imaginer le paysage dans lequel se déroule cette histoire. Dans cette histoire, les paysages sont très importants. Il faudrait pouvoir imaginer une petite route qui grimpe à travers les montagnes. D’un côté de cette route, il y a une pente, très raide. Elle descend directement jusqu’au fond de la vallée.
– J’entends le murmure du ruisseau qui roule tout en bas, de rochers en rochers.
– De l’autre côté de la route, pas de falaise, mais une forêt. Une de ces forêts serrées d’arbres immenses où la lumière du soleil ne s’infiltre jamais vraiment. Une de ces forêts qui teste ton courage.
– Je sens cette odeur mélangée de sève et de terre humide.
– À présent, écoutons.
– J’entends le ronronnement fatigué d’un moteur. Un moteur qui a déjà fait au moins huit fois le tour du monde.
– Un nuage de gasoil enveloppe le véhicule.
– C’est le car de la chorale du centre social Chantoiseau.
– La chorale de Chantoiseau, c’est vingt-cinq enfants âgés de huit à douze ans. C’est madame Hamelin, la chef de chœur, et José Machiari, son chauffeur. Et puis c’est ce car, épuisé par dix jours de voyage à travers les montagnes.
– La tournée se termine aujourd’hui. On prend le chemin du retour. Les vacances se terminent aujourd’hui. Chacun va retourner chez soi. Dans le car, tout le monde est muet et regarde dans le vide. Pas un bruit. Sauf celui du moteur.
– On est le 23 avril 1999. C’est le jour de la panne.


Se procurer le texte intégral.

compagnie L’Artifice
mise en scène : Christian Duchange
jeu : Galla Naccache-Gauthier, Gaïa Oliarj-Inés, Théo Perrache
création et réalisation des costumes et des masques : Nathalie Martella
assistante costumes et masques : Cécile Choumiloff
création lumières : Julien Barbazin
composition musicale : Sébastien Dangoin, Jeanne Duchange
environnement sonore et régie générale : Anthony Dascola

photographies : Jessica Calvo