Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?

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En un long chant, à la croisée des musiques et du théâtre, un chœur interroge notre rapport au monde, nos résignations et nos velléités d’actions.
Peut-on changer le monde ?
Peut-on simplement le comprendre ?
Tout comprendre ?
À quelques distances des frontières d’Utopie, faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?

Acteurs, musiciens, plasticien et chanteuse questionnent les possibilités d’une utopie actuelle.
Tant de progrès, tant de possibles.
Et le réel qui résiste toujours.


Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ? est un texte écrit dans le cadre d’une commande d’écriture et de mise en scène du comité des MJC de Lyon, à l’occasion des cinquante ans des MJC de Lyon.

Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ? est un texte écrit dans le cadre d’une commande d’écriture et de mise en scène du comité des MJC de Lyon, à l’occasion des cinquante ans des MJC de Lyon.

Onze MJC, autant de directions.
Onze MJC, autant de conseils d’administration.
Le contact direct avec les acteurs d’une éducation populaire perdue entre demande d’animation, divertissement, mise en concurrence, appels à projets et quête de sens.
Cela m’a mis en colère, à l’époque.
Cela ne me met plus en colère aujourd’hui parce que je comprends mieux comment la situation d’alors n’était que le résultat d’un très long pourrissement. D’une dégradation constante des idéaux, des structures, et par là, des pensées.
Alors que l’eau de la casserole avait chauffée tout doucement depuis des dizaines d’années, je plongeais moi directement dans les bouillons de la fin du processus.
La réaction fut douloureuse.
L’écriture de Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ? est une tentative pour remettre du sens dans ce qui n’en avait plus pour moi.
Une tentative pour interroger ce qui ne paraissait alors in-interrogé.

J’aurais aimé finir par un message d’espoir, je n’en ai pas. Est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ?

Ödön von Horváth

I. L’étendue de la question

Dans l’obscurité la plus totale au départ. On apercevra au fur et à mesure trois silhouettes.
– Tu es là ?
– Là. Tu es là ?
– Là.
– OK.
– Premier chant. L’étendue de la question.
– Dans le fouillis des villes. Lignes bataillant vers le ciel. Lancées verticales des immeubles – barres – des tours. Dans le fouillis des villes. Enchevêtrement confus. Impasses nauséeuses encombrées de déchets. Dans le fouillis des villes. Abrité par le halo fragile d’un lampadaire / au contraire exposé à l’obscurité la plus totale. Dans le fouillis des villes, l’homme isolé se demande. Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?
– À l’autre bout du monde, un paysan desséché contemple les yeux vides sa terre craquelée marquant une année de disette. Derrière lui, accroupie, sa fille chante et son chant enfle et emplirait d’espoir les ventres creux. Pris entre les deux chant/amps, l’homme traversé se demande.
– Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?
– Un gamin franchit clandestin la frontière des nantis. Il sera expulsé. Très bientôt. Il le sait. Mais l’argent que les riches lui fourreront dans la bouche pour qu’il se taise et joue si bien son rôle remplacera à lui seul plusieurs mois de travail. Là-bas. Où il n’y a rien. Et cette pensée le malmène quand il marche en baskets dans une neige lourde.
– Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?
– À l’autre bout du monde, une marée populaire consacre un indigène alors que depuis l’aube les blancs tenaient la bride. Et dans la foule en liesse envahissant les rues, au milieu des fanfares, entre deux libertad, dans l’espace de la danse, grossit de bouche en bouche cette question inquiète. Puisque cette fois-ci nous avons le pouvoir, pouvons enfin agir.
– Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?
– Sur les lèvres de celui qui subit impuissant son sixième contrôle de police de la journée.
– Sur celles de la jeune fille embrassant malgré tout celui qu’elle désire.
– Dans les yeux de celui qui contre toute attente appose sa signature au bas d’un traité de paix.
– Dans ceux de la gamine encore écarquillés par le souffle puissant d’une bombe artisanale déposée dans sa rue.
– Sur les lèvres suspendues tout à coup par la beauté d’un jour.
– Comme sur celles incrédules – à jamais inconsolables de la mère.
– De toutes parts.
– D’ailleurs.
– De toutes parts.
– D’ici.
– Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?
– Refrain.
– S’agitent et babillent les puissants.
S’agitent et babillent.
Enfument. Esbroufe.
Sur le plateau du monde
Ne vous inquiétez pas
Ils finiront par s’occuper de vous
Plutôt
Inquiétez-vous, si !
Lorsque leurs regards se tourneront vers vous
Enfument et esbroufe
S’agitent et babillent
Quand ils te verront le désert
Sonnera à ta porte.
De toi. Ne restera rien.
Qu’un souffle.
Et cette question.
– Faut-il désespérer du monde ou mourir en riant ?


Pour découvrir le texte intégral, vous pouvez en faire la demande ici.

collectif Traversant 3
texte et mise en scène : Simon Grangeat
jeu : Clément Arnaud, Richard Brun, Yonnel Perrier
chant : Clarisse Piroud
musique : Léo Dumont, Damien Cluzel
peinture en direct : Rodolphe Brun
scénographie : Stéphane Cavallini
sculptures : Géraldine Bonneton

photographies : Christophe Daviau