Histoires vraies des Collonges / Comment on vivait en haut ?

Comment on vivait en haut ?
On est restés en haut plus de trente ans… En haut… Donc, la place désignée… Et puis quand on est arrivés… Non… On est arrivés, de toute façon… C’était dans les années 81… Quand on est montés en haut. Qu’ils nous ont fait le terrain. Le terrain de passage… Et puis donc, c’était un terrain de passage pour trois mois. Et puis nous, on a voulu rester – à une condition : qu’on paye le loyer, qu’on paye – bon, on payait l’eau et le courant – mais nous, on voulait payer le loyer de l’emplacement… Et ça fait que ça a marché comme ça. À la mairie, le maire, et bien il a dit oui. Ce qui fait qu’on payait tous les mois notre loyer – en plus de l’eau et du courant… Ce qui fait que pendant plus de trente ans, on est restés là-haut…
Mais l’hiver, il gelait, on était mal… Dans les caravanes, il faisait froid… L’eau – les arrivées d’eau – il fallait faire des tranchées – des tuyaux pour que ça passe dans la terre… Mais à des moments, c’était pas assez profond, il aurait fallu… Mon mari – c’est pas à la pioche qu’il allait faire un trou de deux mètres ! Pour enterrer les tuyaux… Mais là, ça gelait… Les machines à laver… Mais c’était catastrophique ! On a eu de la misère quand on était là-haut… On était vraiment mal… Plus de trente ans comme ça… Vivre comme ça… Mais c’était vraiment… Là-haut… Vous voyez ? Derrière les murs où il y a les fils barbelés… Genre camp de concentration…
La situation qu’on était… Dans des cabanons… Le cabanon, c’était pour faire à manger… On pouvait pas rester dans la caravane tout le temps… Il aurait fallu deux caravanes… Donc on avait un petit chalet – un cabanon… Et puis là, on se chauffait au mazout… Le mazout, quand il fait bien froid, il gèle… Les paillettes ! Alors là, on était vraiment… On était misérables, hein ! Je veux pas critiquer, mais on vivait mal, hein !
Moi je sais que maintenant que je suis là, je suis très bien, je suis au chaud… Je me lève le matin, je suis chez moi… Je suis au chaud, je suis chez moi… Maintenant, il faudrait qu’on me mette dehors… Je pourrais plus, moi… Je pourrais plus. Bon, l’été, ça allait, mais l’hiver… Et puis le sud, ça va pour passer une semaine… Déjà l’été… Une semaine, ça suffit, hein ! Hou là là !

Mon mari, il faisait que tourner… Là… Il disait : « J’arrive pas à m’y faire… J’arrive pas à m’y faire… » Alors que moi…