Krach !

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Krach !, c’est l’envie de réagir à chaud, à tout ce qui nous arrive de là-haut.
Que nous parvient-il à nous, petites gens, de leur fameux ruissellement ?
Krach !, c’est la tentative de tenir des « marchroniques » aussi méchantes que possible.
Courtes.
Absurdes.
Vengeresses.
Taper sur tout ce qui bouge pour au moins se sentir en mouvement.
Il y a du désespoir dedans aussi.
Mais Krach !, c’est aussi regarder vers le bas.
Vers nous autres.
Vers ceux pour qui notre affection irait instinctivement.
Et regarder la petitesse aussi.
La mesquinerie.
La bêtise.
Ce qui fait que rien ne bouge, en fin de compte.
Krach !, c’est tenter d’être le plus méchant possible, avec le plus de monde possible, tout en écrivant sur la frontière du rire.


Le texte a été créé en novembre 2018 au théâtre Le Guignol de Lyon, par la compagnie M.A., mise en scène de Nicolas Ramond.

Cheminements de l’écriture

Cela fait maintenant des années que nous nous cherchons avec Emma Utges, de la compagnie M.A.
Nous fabriquons un bout de laboratoire, testons un petit projet dans un coin de Lyon, de l’Ain ou de l’Indre.
Depuis des années, nous nous tournons autour, désirons travailler ensemble sans que rien n’aboutisse jamais.
Depuis des années nos envies ont pris mille angles – entre le chamboule-tout et la farce documentaire.
Une histoire mondiale du capitalisme
Un riche trois millions de pauvres
Krack
La marionnette, guignol, la farce, le burlesque, quelque chose de notre temps.
Et puis un jour, tout s’est aligné.
On s’est retrouvé autour d’une table, il y avait Philippe Séclé derrière le castelet avec Emma Utges, il y avait Patrick Guillot à son accordéon et dans la salle, l’ami Nicolas Ramond aux manettes.
Il y avait Emmanuel Macron à la présidence de notre République et Gérard Collomb aux commandes des forces de l’ordre.
Et tout d’un coup, tout ce qui se cherchait depuis des années s’est amorcé et l’écriture a commencé, pour de bon.

Vengeance cosmique

Un jour, Myriam-Lee-Daisy déclara : « Dans le monde, il y a ceux qui montent dans le train et ceux qui restent toute leur vie à attendre sur le quai. » Et aussitôt, une gifle s’abattit sur son visage. « Le monde est fait de ceux qui prennent le train et de ceux qui restent à attendre sur le quai ! » Et de nouveau, une gifle s’abattit sur son visage. « Que cela vous plaise ou non, la vie est ainsi faite ! » Alors un vigoureux coup de poing s’écrasa sur le nez de Myriam-Lee-Daisy.
Myriam-Lee-Daisy – Certains deviennent de plus en plus riches alors que d’autres croupissent désespérément dans leur misère. C’est bien la preuve que tout le monde n’a pas la même capacité à saisir sa chance !
Sac à main.
Myriam-Lee-Daisy – Il n’y a qu’à observer les gens autour de nous !
Coup de casserole.
Myriam-Lee-Daisy – Mais regardez-vous !
Canne. Valise. Parapluie. Attaché-case.
Myriam-Lee-Daisy – Ceci est la vivante preuve de ce que je dis !
Fauteuil roulant.
Myriam-Lee-Daisy – Parfaitement !
Piano à queue.
Myriam-Lee-Daisy – Dans la vie, il y a ceux qui arrivent et ceux qui ne sont rien !
Éléphant. Mammouth.
C’est à ce moment-là que Myriam-Lee-Daisy disparut.


Coïncidence

Emmanuel-Momo marchait tranquillement dans la rue quand il aperçu, affalé sur le trottoir, un pauvre. « Hé bien, mon cher, que faites-vous là assis par terre à ne rien faire ?, s’enquit-il. » Mais le pauvre ne lui répondit pas.
Emmanuel-Momo – Mon ami, n’avez-vous pas d’autres envies dans la vie que de rester ainsi assis à prendre froid sur un trottoir ? Regardez-moi. Ne désirez-vous pas vous aussi un jour pouvoir vous offrir ce magnifique costume de pure flanelle en laine triple A venue tout droit des plaines australiennes ? Au risque de vous choquer, je vais vous faire une confidence. La meilleure façon pour pouvoir réaliser votre rêve est de vous mettre au travail. Il faut travailler pour se payer un costume comme le mien, mon cher ! Et oui : travailler ! Travailler !
C’est précisément sur ce mot qu’une armoire vint s’écraser exactement à l’endroit où se tenait Emmanuel-Momo. De la raison pour laquelle une armoire fût jetée par cette fenêtre précisément, nous ne savons rien.


Pensées complexes

Un jour, le prédendent convoque le peuple pour lui faire don de son discours annuel et le peuple se présente en masse pour recevoir cette offrande. Le prédendent monte sur l’estrade, tapote le micro et se racle discrètement la gorge.
Le prédendent – Je vous parlerais bien de ce que j’ai dans la tête, mais ce que j’ai dans la tête est si complexe qu’il me semble impossible que de simples mots puissent vous permettre d’accéder à l’intégralité de mes pensées ; c’est pourquoi j’ai décidé de me taire.
Et le prédendent descend de l’estrade et le peuple rentre chez lui, comblé d’avoir pu voir son si beau prédendent.


Inertie #2

Un jour, les ministres font adopter
une loi qui interdit
aux journalistes
d’enquêter
sur les comptes des grandes
entreprises nationales.
Les citoyens l’apprennent.
Et il ne se passe rien.


compagnie M.A.
mise en scène : Nicolas Ramond
avec : Emma Utges, Philippe Séclé
musique : Patrick Guillot
lumière, son et régie: Jérémie Quintin

photographies :

Bande annonce de la création, compagnie M.A., mise en scène de Nicolas Ramond