La Bêtise

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La Bêtise est un presque huis-clos.
Une femme et un homme sont enfermés depuis l’éternité dans un bunker qui les tient à l’abri de la catastrophe, à l’abri du temps et de ses flétrissures. Pour s’échapper des quatre murs qui les protègent et les enferment, ils ont pour eux le surréel et toute la vie qui y a trouvé refuge : bêtes, plantes et paysages disparus depuis longtemps à l’extérieur du bunker. Ils peuvent aussi risquer des excursions dans la réalité, mais cela ne tente plus madame depuis longtemps.
Dehors pourtant, la vie continue son chemin hasardeux et les quelques survivants tissent des chemins en deçà du langage. Ou plutôt, en marronnant tous les langages disponibles.
La Bêtise raconte le moment où le huis-clos doit prendre fin pour laisser entrer une petite brèche d’extérieur. Quand l’Autre est invitée à croiser le chemin de Mada et de Louis.


La Bêtise est une commande de la compagnie AOI (Cécile Vernet) dans le cadre de la comédie itinérante de la Comédie de Saint-Étienne.


Au départ, il y a la rencontre avec Cécile Vernet
et l’intuition commune que
quelque chose devrait se tenter ensemble.
Une histoire.
Une comédie.
Un rire grinçant tourné vers notre monde.
Vers nous-même retourné.

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Sur le chemin, il y a des recherches scientifiques
supposant la baisse globale du Q.I. des européens ;
l’idiocratie ;
la bêtise crasse ;
le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert
et La Bêtise de Musil.
Il y a la sensation qu’en poussant un peu
les curseurs temporels
en nous transportant quelques dizaines d’années plus loin,
nous pourrions tenter un portrait
grimaçant de notre présent.
Une parfaite dystopie vantant
les likes plus que les réflexions
les faire-savoir plus que les savoir-faire.
Qu’en sera-t-il de notre humanité ?
Qu’en sera-t-il de notre société ?
De son histoire ?
De ses principes ?

Prologue

– Nous sommes en 2539.
– À l’abri d’un refuge bunkérisé.
– Il y a celle qui tente de survivre à l’extérieur.
– Il y a celui qui a pris place au dernier moment à l’intérieur.
– Il y a celle qui profite de tout ce que son argent peut toujours lui procurer.
Mada. – J’adore ! Je fais Mada – c’est mon nom. Me réveiller tous les jours ici-même, j’adore ! Me déplacer tous les jours à l’autre bout du monde, j’adore ! Sentir que tout va être possible, j’adore ! Vous voyez ?
– Ne vous trompez pas : dans ses yeux, il n’y a pas du tout ce que vous voyez, vous.
– Dans ses yeux, il y a une délicieuse plage de sable.
– Alors vous voyez que ce n’est pas du tout ce que vous voyez.
Mada. – Jamais je ne pourrais m’imaginer vivre autre part.
– Dans ses oreilles, il y a aussi le sac et le ressac des vagues qui viennent délicatement mourir sur le sable.
Mada. – Les plages de Lee Island… Marcher sur le sable de Lee Island, j’adore !
– Ne vous méprenez pas.
– Son corps est truffé de neuro-capteurs et de neuro-émetteurs nanoscopiques reliés à son système nerveux.
– À son cerveau aussi.
Mada. – C’est le paradis sur Terre.
– Mada, elle peut décider d’entendre le chant des oiseaux, si elle le veut.
Mada. – Je veux entendre le chant des oiseaux.
– Alors, elle entend le chant des oiseaux sur la plage de Lee Island.
Mada. – J’adore !
– Mada, si elle le veut, elle peut décider d’entendre les cris perçants des singes qui grimpent dans les palmiers qui bordent la baie.
Mada. – Je veux ces mignons petits singes aux yeux si mignons, mignons, mignons…
– Alors, elle aperçoit la silhouette des primates qui grimpent le long des troncs, sur la plage de Lee Island.
Mada. – Oh oui, j’adore ! J’adore !
– La seule chose qui ne fonctionne pas très bien dans le monde de Mada, c’est l’odorat.
Mada. – Ah !
– L’odorat, personne n’a jamais très bien réussi à comprendre comment ça marchait.
Mada. – Ah, ah !
– Les odeurs…
Mada. – Ah, ah, ah !
– C’est resté longtemps assez grossier, les odeurs… Et puis un jour, elle a décidé de totalement s’en passer. Fini. Plus d’odeur. N’est-ce pas Mada, tu ne sens plus rien ?


Pour découvrir le texte intégral, vous pouvez en faire la demande ici.

compagnie AOI
mise en scène : Cécile Vernet
avec : Adeline Benamara, Pierre-Yves Grange-Bernard, Elsa Verdon
son : Simon Chomel
lumières : François-Xavier Lemaitre
scénographie : Julie Laborde et Julien Leonhardt
costumes : Hélène Lequertier

photographies : Sonia Barcet