La Marseillaise pour Du Piment dans les yeux !

Du piment dans les yeux de l’Afrique

Un parcours retraçé par la compagnie Anteprima. photo Jean Barak

Le Théâtre du Merlan à Marseille a accueilli Antonella Amirante pour sa nouvelle création intitulée « Du piment dans les yeux ».

 

Antonella Amirante est danseuse,chorégraphe, actrice, metteur(e) en scène de théâtre, on l’a vue au Kosmos Kolej de la Gare Franche, au Théâtre Toursky et partout ailleurs dans les pièces de Wladislav Snorko. Wlad, qui à la question : « Snorko, ça vient d’où ? » Répondait « Des quartiers Nord ».
Aucun rapport si ce n’est avec l ‘exil et les exilés, patronyme d’Italie, des pays de l’Est ou d’Afrique, avec la longue errance des migrants, leur douleur d’être et leur humanité, ce qui est un pléonasme.
Ce jour-même, 9 décembre où se joue « Du piment dans les yeux », un haut cadre du Front préconise sur France Culture d’exclure les enfants de sans-papiers de l’école, au motif que ça coûte de l’argent, quand nos pauvres de chez nous ne sont plus aidés. Le droit à l’instruction exclut les enfants métèques, nous ne partageons pas notre humanité avec eux. On n’est plus très loin de la « vermine » d’un autre temps et de la « poésie » exterminatrice du « grand » Céline. « Mille fois racisme! Racisme suprêmement! Désinfection! Nettoyage! Intégralement! Absolument! Inexorablement! Comme la stérilisation Pasteur parfaite! » (extrait de L’école des cadavres)

La douloureuse odyssée des migrants

Sur scène il y a Mohamed, enfant de Burkinabés émigrés en Côte d’Ivoire, où il n’y a pas de place à l’école pour les étrangers. Il est brillant à l’école mais doit travailler, ses parents ne peuvent plus payer ses études, c’est au tour de son frère. Parce qu’il veut étudier et accéder au savoir il tente sa chance et prend la route. Recueilli par son oncle à Ouagadougou, il est traité en esclave, part pour Niamey, gagne sa nourriture de travail en travail, « l’argent ce n’est pas un problème ».
Il rencontre une jeune fille orpheline qui a fui la guerre, déguisée en garçon mais démasquée, elle a été violée et enfermée dans un bordel, une maison d’abattage d’où elle s’enfuit. Il la recueille et prend soin d’elle, ensemble ils partiront vers l’Europe, traversant la Libye, l’Algérie, le Maroc, l’Espagne, la Méditerranée, la France.
Mohamed Zampou joue son propre rôle, c’est son histoire, Léna est un personnage de fiction composé à partir de récits de jeunes femmes migrantes.
La monstrueuse odyssée des migrants qui fuient la guerre, la famine et la mort, génocide silencieux dans le silence et l’hostilité de l’Europe, prend corps avec Mohamed. Lui il s’en sort, il a pu reprendre des études en France, mais que deviennent les autres, ceux qui ne se sont pas noyés, retenus dans des camps d’internement ?
C’est là que finit la pièce et que commencent les ennuis, quand ils sont sauvés.
Chorégraphiée par Mickaël Phelippeau, sur un texte de Simon Grangeat, avec la mise en scène inventive d’Antonella Amirante dans un décor de bidons en plastique qui servent à tout , portée par Fatou Ba, Léna Dia, Jean Erns Marie Louise, Mohamed Zampou, la première a eu lieu devant une salle comble de jeunes gens très concernés et attentifs. Émus, ils sont restés pour rencontrer les artistes.
Entre fiction et documentaire, « Du piment dans les yeux » est un spectacle intelligent et nécessaire.

Jean Barak