Marcher tout droit est un combat

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Alors qu’elle vient d’atterrir à Porto-Alegre pour commencer une mission humanitaire en forêt amazonienne, Lucia reçoit un appel téléphonique de la gendarmerie de Gaillac, en France, la sommant de rentrer au plus vite afin d’identifier son frère Sami, hospitalisé et inconscient.

Suspendue entre le Brésil et la France, entre les grandes causes et les petits combats locaux, Lucia va se découvrir en même temps qu’elle lève petit à petit le voile sur les circonstances de l’accident de son frère.


Marcher tout droit est un combat est une commande d’écriture de la compagnie Bande d’Art et d’urgence (Corinne Méric).

Le texte sera édité en 2020 aux Solitaires intempestifs.


Au départ de Marcher tout droit est un combat, il y a la volonté de travailler autour de l’engagement, d’interroger l’inscription d’une action individuelle dans le monde. Comment prendre part, prendre sa part, avoir prise.

Au départ de l’écriture aussi : la fratrie – une sœur et un frère. Comment, sur des fondations communes et en bonne intelligence, prendre des chemins différents. S’écarter. Diverger – ou avoir l’impression de.

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Dans le texte, l’un va se ranger derrière le tout petit, l’insignifiant local. Il est naturaliste, œuvrant à protéger les insectes et les fleurs de nos territoires.

L’autre s’envole vers le lointain, les causes nobles. Elle est juriste, tout juste embauchée par une ONG brésilienne de défense des peuples autochtones.

Leur point de rencontre se fait à l’endroit de la violence exercée contre eux. Violence milicienne ou violence policière. Comment le pouvoir en place s’arque-boute pour défendre coûte que coûte ses intérêts et ses capitaux.
Comment, dans cette violence-là, se rejoue la tension entre une histoire individuelle et une volonté collective – un engagement vers.

Au départ de Marcher tout droit est un combat, il y a la Z.A.D. de Sivens – avec la mort de Rémi Fraisse – et les indiens Guaranis du Brésil – avec l’assassinat d’un de leur leader, Marcos Veron.
Les faits servent d’appui, de référents communs, mais Marcher tout droit est un combat est une fiction.
Un questionnement sur notre manière d’habiter le monde.


Prologue

1.
– C’est la nuit.
L’odeur de terre humide remonte
jusqu’à ta chambre.
– Tu te dis que c’est la nuit.
– La pluie vient juste de cesser.
– En vérité, tu es surexcitée.
Tu frissonnes.
Lucia Serfer – Je connais cette odeur.
– Tu relèves la maigre couverture
sur tes épaules.
Lucia Serfer – Je dois dormir.
– Évidemment que c’est la nuit puisque tes volets sont fermés.
Lucia Serfer – Il faut que je dorme.
– Il ne faut pas que tu prennes froid, surtout.
– À chaque fois que le vent
s’engouffre entre les planches
disjointes des persiennes,
l’odeur de terre humide remonte
à tes narines.
Clac.
Lucia Serfer – Demain…
– Tu frissonnes.
Lucia Serfer – Enfin.
– Tu ne t’attendais pas à la retrouver
ici,
cette odeur.
– Souvenirs en rafale.
– Dix mille kilomètres entre ton lit et toi.
Lucia Serfer – Il faut que je dorme.
Sonnerie.
– Tu y es.
Lucia Serfer – Ce n’est pas mon lit.
– Tu n’es pas dans ta chambre, non.
Sonnerie.
– Tu es arrivée.
Lucia Serfer – Tout est si vivant ici.
Sonnerie.
– Ton téléphone.
Lucia Serfer – Rêche.
– Décroche.


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