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La Mare à sorcières

Pierre a huit ans.
C’est un fils de la ferme.
Il connaît les bestioles par cœur.
Pas seulement les animaux élevés par ses parents.
Des tarines.
Il lit des documentaires sur les animaux, il est capable de donner tous les noms latins des différentes libellules et des araignées et des grenouilles et des vers de terre.

Nina, elle, vient d’arriver chez une vieille dame qu’elle ne connaît pas encore.
Elle vient de la ville.
Elle est un peu électrique.
Elle fait ce qu’elle veut.
Elle aime bien être ici parce qu’ici, elle est libre.
Gadoue. Herbe. Fleurs. Lancers de cailloux dans les arbres.
Ici, c’est pas sérieux. Pas comme l’école.
Elle aime pas trop l’école, d’ailleurs.

Il y a un paysage.
Des buissons.
Des forêts de chênes, de châtaigniers, de sorbiers, de houx cachés dans les sous-bois.
Des souilles de sangliers. Des trous de renards, de blaireaux, de campagnols, etc.
Il y a dans l’encaissement convergent des pentes forestières, un trou d’eau, une mare aux reflets troubles.
Des branches mortes plongent dans les profondeurs.
La mousse y est sombre et se détache en lambeaux des arbres.
Les plages sont de boue et de flaques.
On y trouve des têtards, quelques salamandres, des grenouilles, des crapauds, parfois le corps décomposé d’un petit mammifère, d’un oiseau.
C’est la mare aux sorcières.

Et puis il y a le projet de construction d’un écoquartier qui va s’élever à la place de cette mare.
Il y a le refus des deux enfants.
Et la puissance des sorcières


La Mare a sorcières a été écrit dans le cadre d’une résidence de création en établissement scolaire, porté par le théâtre de la Renaissance, à Oullins.
Le spectacle sera créé à l’automne 2023 par la compagnie Waaldé, dans une mise en scène d’Élodie Grumelart.

La pièce est éditée à L’école des loisirs.

Lire le début de la pièce

Prologue

Pierre et Nina se tiennent côte à côte.
Au public.

Pierre. – Là où j’habite, je connais par cœur.
Tous les petits cailloux.
Les brindilles.
Tous les buissons.
Les arbustes.
Les chemins de terre.
Tout.
Je connais tout par cœur.
La boue après la pluie.
Les herbes vertes et puis jaunes.
Les flaques.
Les premiers gels qui recouvrent le paysage en blanc.
L’odeur des feux de bois qui sort des cheminées.
C’est chez moi, je connais par cœur.
Comment on passe du printemps à l’automne. De l’automne à l’hiver, au printemps.
C’est là que je suis né.
En hiver.
Sous la neige.
Enfin pas vraiment sous la neige parce que mes parents,
ils avaient quand même une maison avec un toit sur la tête.
Mais sous la neige parce que dehors, c’était impossible de rejoindre la maternité.
Ça tombait en tempête.
C’est ce qu’ils m’ont raconté, mes parents.
Ça fourrait les voitures dans les talus.
Ça avalait les jambes jusqu’au-dessus des genoux.
Pas un temps à mettre un accouchement dehors, quoi.
Alors ma mère, elle s’est installée confortablement et
avec mon père, ils ont fait ce qu’il fallait pour que j’arrive ici.
Confortablement.
Ce qui fait que c’est difficile d’être plus d’ici que ce que je suis d’ici.
Depuis tout le temps.
Nina. – Pas comme moi !
Pierre. – Pas comme toi, non. Mais ça, au début, on le sait pas.
Nina. – Moi, je connais les trottoirs des grandes villes.
Les trottinettes électriques.
Les vélos-cargos.
Le métro, le tramway, les gares et les aéroports.
J’ai déjà voyagé trois fois à l’autre bout du monde :
la première fois, c’était pour nager au milieu des tortues ;
la deuxième, c’était pour traverser le désert à dos de dromadaire ;
la troisième, pour me perdre au milieu des arbres géants d’une forêt préhistorique.
J’adore.
Quand tout est bleu.
Ou tout gris.
Le vert, partout.
J’adore.
Le bruit des villes dans des langues que tu connais pas.
Les sons qui t’arrivent aux oreilles, que tu aurais même jamais imaginés !
Les klaxons.
Les taxis.
Taxis-voitures.
Taxis-motos.
Taxis-vélos.
Les cris des marchands de trucs qui se mangent et puis, quand tu les approches de ton nez, t’es plus tout à fait sûre de vouloir les goûter…
J’adore.
Pierre. – Ça doit être chouette, quand même.
Nina. – Plus que chouette, sûr. Ce qui fait que quand je me suis retrouvée toute seule ici…


Se procurer le texte intégral.

Une fiction sonore

La Mare à sorcières a été écrite en immersion dans deux classes de l’école Jean Macé, à Oullins (69), sur invitation du théâtre de La Renaissance. L’aventure de l’écriture se prolongeait par un projet de pratique théâtrale, au cours duquel les élèves, accompagnés par la comédienne Élodie Grumelart, jouaient les textes qu’ils avaient écrits en ma compagnie. Et l’année se terminait par une grande soirée joyeuse au cours de laquelle les parents et les amis assistaient à la fois à la présentation de leurs enfants et à la lecture, par Élodie et moi-même de La Mare à sorcières – qui s’appelait alors Pour la mare.
Las.
Le covid est passé par là et a évidemment empêché tout cela d’avoir lieu.
Pour ne pas rester le bec dans l’eau, le théâtre de La Renaissance nous a proposé de mettre en œuvre une captation sonore de la lecture, mise en sons par Anthony Dascola.

Autour de la pièce

Sorcières

Un très bel album, magnifiquement illustré par Cédric Abt, est paru au printemps 2022 aux éditions Sarbacane.Le texte est issu …
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