Deux pieds demains – 2013

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Deux pieds demain est une commande d’écriture de la Sala Beckett (Barcelone), dans le cadre de l’Obrador d’Estiu, workshop d’écriture européen dirigé cette année-là par le dramaturge anglais Simon Stephens. Il s’agissait d’écrire un texte court inspiré par la colère.
Deux pieds demain est traduit en anglais par Katherine Mendelsohn et en catalan par Albert Arribas.

En résumé…

À la suite d’une banale dispute conjugale sur la terrasse d’un café, un homme et une femme sont brusquement transportés dans une cellule d’isolement, en 4 087.

L’humanité future leur donne une semaine pour changer leurs manières de faire, afin de tenter de modifier le futur.

Deux pieds demain interroge notre capacité à agir pour transformer le monde.
Cette courte pièce en forme de science-fiction s’appuie sur le grand écart qui demeure entre prise de conscience et puissance d’action. Comment des individus peuvent-ils effectivement intervenir pour faire évoluer des processus macro-politiques qui les dépassent.

Lecture à la Sala Beckett

Une cellule aux murs capitonnés. Lumière verdâtre intégrée au plafond.

Elle : Si tu n’avais pas maté le cul de cette serveuse, aussi.
Lui : Je te jure que je ne l’ai pas regardé.
Elle : Arrête avec ta mauvaise foi.
Lui : Prendre conscience de la situation. C’est bien ce qu’ils ont dit ?
Elle : Ça fait combien de temps qu’on est là ?
Lui : Avec cette lumière, aucune idée.
Elle : Je vais craquer.
Lui : Comme si on n’avait plus le droit de s’engueuler de temps en temps.
Elle : Ça ne peut pas être à cause de ça.
Lui : Bientôt, ils viendront dans notre lit vérifier que tout se passe bien.
Elle : Il faudrait que je sorte.
Lui : Changer nos manières de faire…
Elle : Elle est où cette porte ?

H 5-057 et F 4-057 apparaissent dans la cellule.

Elle : Vous m’avez fait peur.
Lui : Laissez-nous sortir.
F 4-057 : Il reste dix unités-oxygène.
Lui : Au moins ma femme, elle va faire un malaise.
H 5-057 : Vous êtes décidés à changer d’attitude ?
Lui : Qu’est-ce que je t’avais dit : complètement fliqués. Ne vous inquiétez pas, tout va bien.
Elle : C’est gentil de prendre soin de nous /
Lui : Une petite dispute
Elle : Ça arrive à tous les couples.
Lui : Du moins nous, ça nous arrive.
F 4-057 : De quoi parlez vous ?
Elle : Il a toujours les yeux qui traînent. Une paire de fesses un peu jolie lui passe sous le nez, il faut qu’il renifle.
Lui : Ne l’écoutez pas, elle en rajoute toujours.
Elle : On prenait un verre en terrasse. La serveuse, elle était du genre mignonne
Lui : Chérie.
Elle : Lui, en douce, un petit regard.
H 5-057 : Ça suffit.
F 4-057 : Il reste neuf unités-oxygène.
Elle : Vous comprenez que je réagisse comme ça, madame ?