Divines désespérances – 2012

Le TexteEn imagesEn vidéosLire le début du texte

Divines désespérances a été écrit pour le projet Binôme # 3, mené par la compagnie Les sens des mots.
Un auteur rencontre un scientifique pendant cinquante minutes, puis dispose de deux mois pour écrire un texte de trente minutes, pour trois voix.
Divines désespérances est le fruit de ma rencontre avec Thierry Tatoni, écologue et directeur de l’Institut Méditerranéen de Biologie et d’Écologie marine.
Le texte a été sélectionné par le comité de lecture de l’association Postures

En résumé…

Sa Femme et Dieu contemplent la Terre depuis les nues.
Tout va de mal en pis, les hommes sont irresponsables et saccagent la Création…
Au bord du désespoir, Sa Femme songe a envoyer un nouveau déluge, quand Dieu la convainc d’aller rencontre les humains, pour tenter de les comprendre.

Divines désespérances est un road-movie en forme de farce.
Les tribulations du couple divin, de déconvenues et déconvenues, slalomant parmi les « responsables mais non coupables », les « ce n’est pas de ma faute » et autres « si vous croyez que j’ai le choix »…

mise en lecture par Sandrine Lanno – Compagnie Les Sens des mots – théâtre du Rond-Point, octobre 2012
Avec Elizabeth Mazev, Thibault Rossigneux et Florian Stibon

Captation de la lecture par la compagnie les sens des mots

 

Bande-annonce du projet Binome #3

 

Rencontre entre Simon Grangeat et Thierry Tatoni – Divines désespérances

Ouverture

Petit matin, dans les nues.
Sa Femme et Dieu prennent leur petit déjeuner.
Sa Femme lit le journal. Elle soupire, grommelle, commente.
Dieu fait apparaitre des tartines et les tend à Sa Femme, qui les mange distraitement.

Dieu : Ça ne va pas ?
Sa Femme : Ça va.
Dieu : Tu es bougonne, tu as des soucis.
Sa Femme : Pas moi.
Dieu : Tes humains ?
Sa Femme : Ça ne t’intéressera pas.
Dieu : Tu as encore des ennuis avec ces dégénérés ? Qu’est-ce qu’ils ont trouvé cette fois-ci ?
Sa Femme : Je fais une Terre exceptionnelle, je mets l’eau et l’oxygène, je plante les forêts, soulève les montagnes, remplis les océans. Je sème des fleurs, je fais s’envoler les papillons, éclore des roses pour les amoureux… J’invente le feu, les poètes, le tiramisu, la musique baroque, les concours de pétanque, tout. Et qu’est-ce qu’ils font ? Qu’est-ce qu’ils me font ? Tu peux me le dire ?
Dieu : Tu te tracasses trop.
Sa Femme : Ils saccagent tout, ils massacrent tout ! S’ils continuent comme ça, je ne pourrais plus rien faire pour eux !
Dieu : Tu exagères toujours…
Sa Femme : Dans quarante ans, ils auront siphonné tout le pétrole de la planète. Il m’a fallu des millions d’années pour former les stocks ! Dans trente ans, c’est fini l’uranium. Dans quinze, c’est l’or. Dans dix ans, le terbium.
Dieu : Le terbium, ils viennent seulement de le découvrir.
Sa Femme : Ils auront dévoré l’intégralité des réserves en moins de cinquante ans.
Dieu : Nom de Dieu !
Sa Femme : Ils pillent, ils gaspillent, ils bousillent l’équilibre de ma création, ils massacrent toutes les espèces qui vivent autour d’eux, c’est une hécatombe ! Je ne sais même plus qui est encore sur Terre et qui a déjà disparu ! On vient de perdre le petit Bilbi et Ninoxe rieuse et Vanesse de l’obetie. Je n’arriverai jamais à me rappeler de tout le monde !
Dieu : Nom de Dieu !
Sa Femme : Et le pire, c’est qu’ils se reproduisent à une vitesse phénoménale ! J’en avais installé deux dans mon jardin, ils sont déjà plus de sept milliards !
Dieu : Nom de dieu de nom de dieu !
Sa Femme : Arrête de jurer, merde ! Aide-moi plutôt, trouve une idée !

Temps. Dieu se gratte la tête.

Dieu : Pourquoi ils font ça ?
Sa Femme : Pas la moindre idée !
Dieu : On va les voir ?
Sa Femme : Tu accepterais de faire ça ?
Dieu : Pourquoi pas ?
Sa Femme : Tu ne t’es jamais intéressé à ma Terre…
Dieu : Tu es toute chiffonnée.
Sa Femme : Sur la Terre, tous les deux !

Sa Femme sort une Terre miniature. Elle la fait tourner sur elle-même et l’arrête, le doigt pointé dessus.

Que ma volonté soit faite !
Dieu : Ainsi soit-il !

Sa Femme et Dieu disparaissent.