De Fil blanc – 2015

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De Fil blanc est une commande d’écriture de la compagnie jeune public Traversant 3. Le texte a été créé en janvier 2015 dans une mise en scène de Clément Arnaud, avec Rodolphe Brun à la création graphique.
Issu des lectures et des rencontres avec le public autour du Grand Yaka, De Fil blanc explore une nouvelle fois la thématique de la séparation du couple parental, en tentant de rester au plus près des sensations et de la perception des enfants.
Le « thème » passe au second plan, devenant le cadre narratif d’un parcours initiatique onirique.

En résumé…

De fil blanc met en scène une sœur et un frère jumeaux, personnages d’un livre pour enfants dont les parents sont en train de se séparer.
Au cours d’une dispute parentale, les deux enfants tombent dans la marge d’une page et se retrouvent projetés hors de leur propre récit.
Et voilà les jumeaux seuls sur un morceau de papier blanc.

Dans des paysages gelés aux allures de banquise, ils croiseront différentes figures – de primitifs hommes-à-tête-animale aux cérémonies fascinantes, de vieux savants à l’humour très anglais, une vieille désagréable et revêche…
Tour à tour seuls ou accompagnés, les jumeaux s’imprègnent de leurs rencontres, afin de trouver le chemin qui leur permettra de rentrer chez eux, continuer à vivre leur propre histoire, prêts à découvrir la nouvelle vie qui les attend.

mise en scène de Clément Arnaud – Compagnie Traversant 3
avec Marion Lechevallier (jeu), Clément Arnaud et Rodolphe Brun (marionnettistes), Ulrich Becouze (musique), Ludivic Bouaud (lumières), Yves Perey (dispositif scénique)

Celle qui raconte : L’histoire que vous allez entendre se passe dans un vieux pays appelé Terre de flamme. Dans ce très vieux pays, on n’apercevait partout que maisons anciennes de pierres et de fer, vergers aux arbres majestueux. De toutes parts, résonnaient les rires et les chants et les collines, les nuages et les toitures scintillaient des mille éclats joyeux qui donnèrent autrefois son nom à cette Terre de flamme.
Il faut vous dire que dans ce vieux pays, vivaient un Géant et sa Géante – ou une Géante et son Géant, comme on voudra. Et ces deux-là s’aimaient comme jamais les histoires ne nous disent que deux Géants peuvent s’aimer. Leur amour était si fort qu’il faisait surgir de partout sur leur terre des feux de joie, des feux follets, feux de Bengale et d’artifice. Et c’est sûrement pour cette raison aussi qu’on avait nommé leur terre : Terre de flamme.
Car tout alors, autour d’eux, palpitait, frémissait, explosait de joie, contaminé par la puissance de leur amour. Et les foyers au cœur des maisons rayonnaient et les fruits regorgeaient de sucre et de chaleur et les yeux de tous ceux qui habitaient ce pays s’enflammaient simplement à l’idée du bonheur qu’il y avait à vivre. Jusqu’au ventre de la Géante qui avait une nuit gonflé de leur amour, puis soudain pétillé et vibré, vacillé, pour enfin tressaillir et donner naissance à deux jumeaux magnifiques.
Mais tout ceci n’est maintenant que le souvenir d’un temps passé, car lorsque notre histoire commence, l’amour qui unissait la Géante à son Géant – ou le Géant à sa Géante, comme on voudra – cet amour, autrefois si puissant, a été remplacé par une rage et une colère qui ravagent le pays tout entier. Un jour, c’est le Géant qui crache un ouragan au visage de sa Géante ; un autre la Géante qui lance des éclairs au cœur de son Géant. Un jour, c’est la Géante qui envoie une montagne sur la tête du Géant, un autre le Géant qui provoque un déluge d’eaux boueuses et noirâtres pour tenter de noyer la Géante.
Vous comprenez maintenant pourquoi tout le monde avait fui sa maison, n’est-ce pas ? Pourquoi plus aucun chant, plus aucun rire n’éclate dans les salles vides de maisons vides ?

Mais les jumeaux, me direz vous ?
Ces deux petits enfants sortis du ventre jadis gonflé d’amour de la Géante ?

Et bien ces deux petits enfants font ce qu’ils peuvent pour éviter les tempêtes.
La plupart du temps, ils se taisent.
Ou bien ils se cachent.
Ils passent leur journée enfermés dans leur chambre.
Ils jouent avec des poupées qui, elles au moins, dansent et chantent avec eux.
Ils dessinent des maisons où les gens vivent heureux et où le feu dans les cheminées accueille les rires des histoires dites ensemble.

Ils tremblent aussi parfois, ces deux petits enfants.

Et lorsque notre histoire commence, car il est temps maintenant de commencer notre histoire, c’est ce qu’ils font.
Trembler.
Car aujourd’hui, les cris de la Géante sont plus forts que n’importe quel autre jour.
Et les rages du Géant si terribles qu’il leur semble, à ces deux jumeaux-là, qu’ils n’y survivront pas.

Et tous les deux se serrent l’un contre l’autre.
Ils se tiennent par la main.
Ils se tassent si petit qu’ils pourraient disparaître.
Ils cherchent une cachette pour se mettre à l’abri, un refuge.
Ils reculent.

Et dans cette fuite-là, ce si petit garçon, accroché à sa sœur, ce si petit garçon fait un pas de travers, rate une marche trop haute et tombe tout soudain hors de cette histoire, entraînant avec lui sa sœur, main serrée, dans la marge.

Oui, vous avez bien entendu : ils sortent de cette histoire, se retrouvent dans la marge !