Entre les herbes folles – 2011

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Spectacle déambulatoire en milieu naturel, Entre les herbes folles met en scène une marionnettiste et trois personnages apparaissant au gré du chemin.
Ce parcours propose quatre visions singulières pour mieux appréhender le rapport entre l’être humain et son environnement.
Entre les herbes folles a été écrit au printemps 2011, lors d’une résidence au sein du Parc Naturel Régional de la Brenne (36), mise en œuvre par la Fédération des Organisations Laïques de l’Indre.

En résumé…

Les spectateurs sont accueillis par Adèle Aède, qui présente son histoire, puis invite l’assistance à la suivre.
Dès que le chemin sera entamé, un premier personnage s’extrait du groupe des spectateurs et interrompt la conteuse.
Cet incident ouvre une brèche dans le parcours d’Adèle Aède, contrainte de laisser la place à l’inopportun.

Au long du parcours, deux autres personnages se détacheront du public et viendront, à leur tour, perturber le bon déroulement de sa présentation.
Au fur et à mesure des interventions, le sujet glisse doucement vers l’impossibilité des humains à se mettre d’accord et à œuvrer pour un projet commun.
Ce sont ces divisions qui font naître le théâtre, entre conflits, incompréhensions, jeux de pouvoir, jeux de massacre, au bord de la farce.

Tandis qu’au bout du chemin, les représentants des animaux et des végétaux sont réunis pour décider du sort de l’humanité.
Les marionnettes terminent le parcours dans un mélange de burlesque et de tragique.
Où l’on assiste au jugement de l’Homme et à la manière dont il est capable de faire échouer son propre procès…

Mise en scène de Simon Grangeat – compagnie Traversant 3
avec Yonnel Perrier (direction d’acteurs), Alexandra Vuillet (marionnettiste), Clément Arnaud, Guillaume Motte et Yonnel Perrier (jeu), Géraldine Bonneton, Emmeline Beaussier et Rodolphe Brun (création des marionnettes), Charly Frénéa (construction des castelets)

Léon le Bitume (Guillaume Motte) perdu en Brenne

Dans le public, Léon s’est légèrement mis en retrait.
Léon : Ça me gratte là et puis là et là.
Adèle Aède : Qu’est-ce qu’il se passe, monsieur ? Vous avez un soucis ?
Léon : À chaque fois, c’est pareil : je mets un pied dans l’herbe, voilà ça me gratte.
Adèle Aède : Qu’est-ce qui vous arrive ?
Léon : C’est terrible parce que plus j’y pense et plus ça me gratte, forcément.
Adèle Aède : Vous êtes malade ? Je ne comprends pas.
Léon : Ça me fait le coup à chaque fois. Je mets un pied dans l’herbe, au début je ne sens presque rien, ça va et puis c’est de plus en plus fort et après je ne pense qu’à ça.
Adèle Aède : Respirez, monsieur.
Léon : Derrière les oreilles, ça fait comme des petites pattes minuscules. Et puis ça se faufile sur le ventre, c’est rampant. Et derrière les genoux, sur le nez. Et plus j’y pense, forcément, plus ça me gratte. Aïe ! Quand je pense à tous les trucs qu’on peut attraper ici ! Il ne faut pas que j’y pense.
Adèle Aède : Vous me faites rire !
Léon : C’est ça, rigolez ! Vous ne savez pas, sinon vous feriez moins la maline. Aïe !
Adèle Aède : Arrêtez vos âneries, monsieur, s’il vous plaît.
Léon : Mes âneries ? C’est la meilleure ! Mes âneries !
Adèle Aède : Monsieur !
Léon : Quel est l’âne qui a fait venir des enfants ici ? Quel est l’âne qui fait prendre tous ces risques à des innocents sans défense ?
Adèle Aède : Tout va bien se passer.
Léon : Bien évidemment ! Je suis venu les protéger et vous empêcher de faire n’importe quoi.
Adèle Aède : Écoutez, je sais ce que je fais.
Léon : Salmigondis ! Vous racontez n’importe quoi.
Adèle Aède : Calmez-vous.
Léon : Vous mentez. Vous leur mentez. Il ne faut pas la croire, je vous promets. C’est une escroc.
Adèle Aède : Écoutez-moi.
Léon : J’ai vu votre petit numéro, je vous connais par cœur. Tous les gens comme vous, je vous connais par cœur, parfaitement. Menteuse. Je suis déjà allé dans la forêt. Qu’est-ce que j’ai trouvé ? Vous ne répondez pas ! Elle ne répond pas ! C’est toujours pareil : d’abord ça gratte. Tu marches et ça te gratte. Après, tu t’enfonces au milieu de la forêt, ça pique. Ça te fouette. Tu ne fais pas attention, tout de suite, tu es griffé de partout. Ce n’est rien, c’est normal ! Tu n’es pas habitué, qu’ils m’ont dit.
Adèle Aède : C’est vrai ! Il faut du temps.
Léon : Comment est-ce qu’on s’habitue ? Tu t’enfonces, il fait de plus en plus sombre. Le soleil ? Que dalle. Tu n’y vois rien. Par terre, c’est caillasse, feuilles mortes pourries, boue… Plus haut, c’est épines, ronces, branches mortes, toiles d’araignée dans les yeux. Tu te débats. C’est immonde, voilà la vérité. Et encore ! Si au bout du chemin, tu ne tombes pas sur une mare puante… Là, c’est partout de l’eau croupie, boueuse, noirâtre. Impossible d’y voir à deux doigts.
Adèle Aède : Ces mares sont importantes, vous savez.
Léon : Partout des crapauds et des bestioles et des serpents qui te filent entre les jambes.
Adèle Aède : Il y a peu de serpents dans les mares forestières.
Léon : Et je ne dis rien des moustiques. Toi, tu arrives… « Super ! Du sang frais ! » Et des guêpes et des taons et je ne sais pas quoi encore. Si, je sais ! Je sais que c’est toi le repas.
Adèle Aède : Ça suffit maintenant. Vous vous calmez, sinon je devrai vous laisser ici.
Léon ne réagit pas. Adèle Aède fait signe aux spectateurs de la suivre.
Léon : N’y allez pas ! C’est dangereux ! N’y allez pas ! C’est extrêmement dangereux !