Le Grand Yaka – 2013

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Le Grand Yaka est un texte très jeune public.
L’écriture a été amorcée en 2012, au sein d’une école maternelle de Bourges (18), lors d’une résidence menée sur invitation des éditions Les Mille Univers.
Le texte sera mis en laboratoire en 2013-2014 par la compagnie Traversant 3, dans une mise en scène de Clément Arnaud.

En résumé…

Il y a une chambre d’enfants.
Il y a un petit frère – un tout petit frère – et une grande sœur – une très grande sœur, au moins sept ans…
Il y a la maison avec maman et la maison avec papa.
Il y a toutes les frustrations – parce qu’on ne peut jamais tout dire, parce que, même si on disait tout, on n’est jamais qu’un tout petit, un toujours trop petit et qu’on n’y comprend pas grand chose, quand même.
Il y a donc surtout l’accumulation des ressentiments rentrés.

Et puis un jour, il y a le grand Yaka, débarquant dans la chambre.
Et tout devient beaucoup plus simple avec lui…
Avec le grand Yaka, il suffit de dire et puis c’est fait !
Les doudous prennent vie, les animaux se mettent à parler, on a toutes les robes de princesses qu’on veut, les cheveux deviennent bleus, verts, rouges ou orange et l’ensemble des désirs enfantins sont tout à coup réalisables…
Bref, il y a le paradis dans la chambre d’enfants.

Et puis très vite, tout devient soudain beaucoup plus compliqué…

Dans la chambre de Tom et de Zélie. Tom est tout seul, dans la pénombre des rideaux tirés. Il est accroupi dans un coin, serrant très fort sa peluche-doudou contre lui.
Tom : Je m’appelle Tom. Je ne suis presque plus petit et bientôt, je serai grand comme ma sœur Zélie. Déjà, je suis presque grand comme ma sœur Zélie. J’ai et demi, alors ce n’est pas rien, non ? Moi, je pense que ce n’est pas rien parce que je sais déjà faire plein de choses. Je sais compter jusqu’à mille – je ne me trompe presque jamais. Je sais courir vite comme l’éclair. Je sais parler l’anglais when-well-when. Je sais faire la cuisine avec mon père. Je sais ce que je veux. Et puis maintenant, je ne veux pas dormir. Pourquoi ma sœur, elle ne dort pas et moi je serais obligé de faire la sieste ? Je ne suis plus un bébé. Je ne suis plus du tout un petit. J’ai et demi. D’abord, chez papa, je ne dors plus à la sieste, alors je ne dors plus à la sieste chez maman non plus.
Zélie entre dans la chambre.
Zélie : Ça m’énerve.
Tom : Laisse-moi tranquille.
Zélie : On est toujours trop petits, on ne peut jamais rien décider. Je suis grande, moi.
Tom : Je n’ai pas envie de te parler.
Zélie : Maman, elle ne veut jamais que je fasse ce que je veux. Ça m’énerve.
La voix de la mère : Zélie, ça ne sert à rien de bougonner dans ton coin. Ce n’est pas prévu comme ça, c’est tout.
Zélie : J’en ai marre, moi.
Tom : Et bien moi, j’en ai marre de marre.
Zélie : Quand je serai maman, je ne ferai jamais comme ça.
Tom : Moi, pareil.
Zélie : Tu ne seras jamais maman.
Tom : Quand je serai papa. Il ne faut pas me prendre pour un bébé.
Zélie : On joue ensemble ? On sera très amoureux…
Tom : Amoureux pour toute la vie ?
Zélie : Oui. Et après, je crierai très fort parce que je ne serai pas contente et on se disputera longtemps et puis on fera la séparation.
Tom : Tu ne voudrais pas plutôt qu’on s’aime pendant très longtemps ?
Zélie : Ce n’est pas possible, je n’aurai plus envie de te voir. On sera obligés de se dire des gros mots.
Tom : Pourquoi c’est toujours toi qui dis tout ?
Zélie : Parce que c’est moi la plus grande. Tu es le plus petit, c’est moi qui décide et si tu n’es pas content, j’arrête de jouer, je m’en fiche.
Tom : Tu n’es plus ma sœur !
Zélie : Ce n’est pas possible !
Tom : Tu n’es quand même plus ma sœur !
Zélie : Tu n’es vraiment qu’un bébé !
Tom : Je ne suis plus un bébé !
La voix de la mère : Les enfants ! Je vous ai demandé deux minutes de calme !
Zélie : Tu n’as qu’à te débrouiller tout seul.
Zélie sort.
Tom se réfugie dans son coin, avec sa peluche-doudou.
Tom : C’est toujours pareil. Pourquoi on ne fait jamais comme je veux et que tout le monde me dit toujours tout ce que je dois faire et que ce n’est jamais moi qui dis ? Moi, il faut toujours que je fasse les choses pas rigolotes et me laver les mains et faire la sieste et bien écouter et ranger mes jouets et pas taper et pas tirer la langue et aller à l’école et prendre ma douche et pas crier…
Tom se met à chantonner.
Tu es trop petit, Arthur.
Fais ce que je te dis, Arthur.
Mais obéis, Arthur.