Le Secret des chocottes – 2006

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Pour votre plus grand bonheur et surtout pour votre plus grande frayeur, Jorick, le génie de la peur et Martial, l’humain sans peur, s’associent pour découvrir la recette de la plus grande trouillote, le mystère des fabuleuses tremblotes, l’énigme du double claquement de dentiers à genoux combinés. Accrochez vos émotions, prenez votre souffle et votre enfant dans vos bras ! Le grand Jorick va fabriquer un monstre, terrible ! Vous allez voir ce que vous allez voir.

Peur du noir, peur du loup, peur des petites bêtes comme des vrais monstres, peur de l’autre ou peur pour l’autre, peur de soi, de ce qu’on est… Le Secret des chocottes est un jeu proposé aux enfants. Jouer ensemble à construire, matérialiser, rendre visible ces fantômes, cauchemars et autres tracas. Et jouer ensuite avec ces images : jouer pour tout simplement s’exprimer, jouer pour les apprivoiser, jouer pour se faire peur aussi.
Les aventures de Jorick, génie de la peur dépossédé de ses pouvoirs, et de Martial, humain sans peur, à la recherche de la plus grande frayeur, de la géniale tremblote, du secret des chocottes. Du plus extérieur aux peurs intimes. Quel est le plus effrayant ?

mise en scène de Simon Grangeat – Traversant 3
avec Clément Arnaud / Richard Brun, Yonnel Perrier (jeu), Léo Dumont (musique), Céline Dodelin / Rodolphe Brun (plasticiens), Ariane Cayla (costumes), Ludovic Bouaud (lumières)

On entend pester en coulisse. Entre le génie Jorick, cherchant manifestement quelque chose. Il se retourne, peste, semble faire plusieurs tentatives qui toutes paraissent échouer. Il fait demi-tour et s’apprête à sortir lorsqu’on entend Martial entrer en scène. Le génie Jorick se cache et écoute, invisible, les propos du nouveau venu.
Martial : Trop casse-cou pour ma pomme.
Bien trop fou comme bonhomme !
Fais marcher ta cervelle, Martial
Faut réfléchir avant d’agir !
Tu n’as pas peur, Martial ?
Mon petit Martial…
Et bien non, je n’ai pas peur. Jamais, je n’ai eu peur. C’est obligé, la peur ? Je ne sais même pas à quoi ça peut bien servir, alors !
Jorick : Je me présente : Génie Jorick
Ma spécialité : la panique
Martial : On m’appelle Martial le crâneur
C’est parce que je n’ai jamais peur
Jorick : Dès que je siffle un monstre accourt
Si tu le vois, c’est : « Au secours ! »
Martial : Je suis un costaud, un courageux
Jorick : Je ne connais rien de mieux que de faire peur
Martial : Je ne sais même pas ce que c’est que trembler
Je ne sais pas faire. J’ai essayé !
Jorick : Ce qui m’amuse, c’est si ton cœur
Sursaute et que tu hurles : « Papa ! »
Martial : Pas un frisson !
Jorick : Et ça recommence, c’est reparti !
Je ne fais plus peur à mon public.
Je ne sais pas ce qui m’arrive ;
Pourquoi maintenant, quand ils me voient,
Les gens rigolent et s’écrient : « Vive
Jorick, qu’est-ce qu’il est drôle ! Ah ! Ah ! »
Tu n’as pas eu peur…
Martial : J’ai une idée !
Jorick : « Jorick : le génie de la peur fait mourir de rire »
Martial : On pourrait bien s’amuser tous les deux.
Jorick : Devenir amis… De pire en pire. Ça me plaît ! Bien vrai !
Martial : Tu n’arrives plus à faire peur et je n’ai peur de rien. Tu pourrais te servir de moi. Expérimenter de nouveaux monstres. Ça serait drôle !
Jorick : Essayer des nouveaux monstres sur toi ?
Martial : Oui !
Jorick : Te faire hurler de terreur avec juste la langue qui grésille au fond de la bouche ?
Martial : Tu peux toujours essayer.
Jorick : Te faire blanchir les cheveux dressés droits sur la tête ?
Martial : Si tu y arrives !
Jorick : Te torturer les globuleux jusqu’à ce que tu t’évanouisses ?
Martial : Pourquoi pas !
Jorick : J’accepte. Je t’amène dans ma forêt. Là-bas, juste les bruits, ça va te filer les chocottes !
Trois pas droit devant
Et deux en arrière
Un tour sur toi-même
Des sauts qui avancent
Et la tête qui danse
Petit comme une fleur
Fort comme un vieux chêne
Une aile sur le côté
Sauter à cloche-pied
Le nez saccadé
Le chant du moineau
Les deux pattes en l’air
Les fesses en arrière
La langue qui pendouille
L’oreille qui gratouille
La course du blaireau
Qui croque le moineau
Au fur et à mesure de la formule, Martial a subi toutes les transformations données par Jorick. Au final, à quatre pattes et grognant tout son saoul, il quitte la scène et s’enfonce sur le chemin de la forêt. Tous les deux s’avancent de plus en plus profondément au milieu des branchages. On entend Jorick appeler de loin en loin : « Martial, par ici ! » etc.