Un Caillou dans la botte

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Nikolaï Ogrousky entre en scène. Pour la première fois, il ose prendre la parole publiquement.
Il veut raconter son histoire, dire sa vérité. Parce que depuis des temps immémoriaux, nous croyons tous savoir ce qui s’est passé cette nuit-là dans la maison, au milieu de la forêt ; mais tous, nous n’avons entendu que le point de vue adverse. Nous ne connaissons véritablement que l’histoire de son ennemi juré, celui qui causa son déshonneur, sa ruine, sa perte.

Un Caillou dans la botte change le point de vue initial du conte et adopte le regard de l’ogre, ainsi qu’un peu de sa mauvaise foi.
Que dire alors des deux abandons successifs des parents Poucet, du meurtre des ogresses, de la légendaire ruse du gamin ?
Un caillou dans la botte, ou comment un brave carnivore, certes légèrement cannibale, se voit volé, dupé, ruiné, et ce en une seule nuit, par un misérable rejeton.


1

Nikolaï Ogrousky scrute le public, regarde tout le monde longuement. Il se tient exagérément droit, respire profondément.

Nikolaï Ogrousky : Vous connaissez le petit Poucet ? Le génie qui sauve ses six frangins, les parents tellement pauvres, les petits cailloux blancs, la forêt, la nuit, la peur, le vilain ogre et ses terribles dents, vous connaissez ?
On vous ment. Je m’appelle Nikolaï Ogrousky. Je suis un carnivore, un viandard. En un mot, je suis un ogre. Je suis l’ogre. J’ai été trompé, maltraité. On m’a tout pris – ce que j’avais, ce que je suis, tout. On raconte n’importe quoi, mais je vais vous dire la vérité.
Tout a commencé parce qu’à l’autre bout du pays, un type miteux s’est pris les pieds dans sa propre vie. Ce type était bûcheron, mais plus personne ne voulait de son bois.


2

Dans la cuisine des Poucet.

Papa Poucet :

Zéro commande. Tous les jours, c’est la même chose : zéro commande.

Maman Poucet : Comment on va faire ?
Papa Poucet : Je passe mon temps à attendre du travail et rien, silence.
Maman Poucet : Les petits avaient faim ce soir.
Papa Poucet : Saleté d’époque !
La sonnerie du téléphone retentit.
Papa Poucet : Téléphone !
Maman Poucet : Le téléphone !
Papa Poucet : Allô ? Une commande ? Oui, bûcheron, c’est ça, c’est mon métier. Pas boucherie, non. Ce n’est pas la boucherie. Au revoir, madame.
Papa Poucet raccroche.
Plus rien à manger et c’est parti pour durer. Plus de travail, plus d’argent. On ne tiendra jamais le coup. Sûr, à neuf, on ne tiendra jamais le coup. Mais à deux… À deux, on peut tenter !
Maman Poucet : C’est horrible !
Papa Poucet : C’est ça ou bien on y passe tous.
Maman Poucet : On pourrait en garder au moins un ou deux, les louer, je ne sais pas.
Papa Poucet : Demain, on file dans la forêt, ils viendront travailler avec nous. Et puis on rentre à la maison, tous les deux. Tu le dis souvent : ils sont grands, ils s’en sortiront. Il n’y a pas le choix. On va se coucher, maman.
Les parents sortent se coucher.
Nikolaï Ogrousky : Incroyable !
Poucet entre dans la cuisine des parents.
Et voilà le petit dernier, la crevette…
Poucet : Où est-ce qu’ils vont chercher des solutions pareilles ? On rentrera à la maison. Je vais faire le coup des cailloux, ça ne rate jamais. Il y a sept kilomètres jusqu’à la clairière. Un caillou tous les cinq mètres, ça fait un caillou, deux cailloux, trois, quatre, cinq, dix, ça fait mille quatre cents cailloux. Il est trois heures, mon garçon, pas de temps à perdre !


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compagnie Traversant 3
mise en scène : Clément Arnaud
avec : Clément Arnaud, Ulrich Becouze, Rodolphe Brun
réalisation marionnettes : Géraldine Bonneton
lumières : Ludovic Bouaud
regards extérieurs : Yonnel Perrier, Emma Utges, Sébastien Valignat