Un Cœur Moulinex

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En 1932, contraint de manger une purée granuleuse préparée par sa femme, un obscur bricoleur de Bagnolet imagine l’ustensile qui fera sa fortune. Le moulin-légume à manivelle est né – et la Manufacture d’Emboutissage de Bagnolet, rebaptisée Moulinex, devient un empire industriel mondial.
Soixante-neuf ans plus tard, le groupe dépose le bilan – les usines sont rachetées ou démantelées, les ouvriers licenciés, tandis que les dirigeants quittent le navire en parachutes dorés.

Un Cœur Moulinex s’appuie sur l’histoire de Moulinex en prenant le parcours de l’entreprise comme un cas d’école – l’exemple type d’une aventure industrielle percutée de plein fouet par la mondialisation et la financiarisation de la fin du vingtième siècle.
L’aventure de Moulinex devient ainsi le modèle à travers lequel peut se comprendre le mouvement global d’industrialisation / désindustrialisation qui s’abat sur les économies européennes depuis trente ans.


Un Cœur Moulinex a été écrit dans le cadre d’une résidence au Conservatoire et aux Archives municipales d’Alençon.
Le texte a été accompagné et sélectionné par le collectif A Mots découverts.
Il a été sélectionné par le bureau des lecteurs de la Comédie Française, par le Panta Théâtre et par le comité de lecture des EAT.

Une première version du texte a été créée par les élèves du conservatoire d’Alençon, dans une mise en scène de Virginie Boucher.
La version définitive du texte a été créée par la compagnie Aberratio mentalis, dans une mise en scène de Claude Viala.

En 2012, Virginie Boucher, responsable du département théâtre du Conservatoire d’Alençon, me contacte pour animer un atelier d’écriture à destination des élèves de cycle III.
Son intention est de proposer à ses élèves une initiation à l’écriture documentaire à partir des archives municipales retraçant la vie de l’usine mère de Moulinex, implantée dans la ville de 1937 à 2001 – date du dépôt de bilan de l’entreprise.

Lors d’une première séance de travail aux archives municipales, je consulte la revue de presse consacrée à l’entreprise et découvre un article de Frédéric Lordon analysant la chute de Moulinex, non comme un fait isolé, mais comme le marqueur des « grands invariants de la désindustrialisation française ».

« Un dépôt de bilan qui remonte à septembre 2001, des enchères de liquidation un an plus tard : tout ça est si loin. Que reste-t-il de Moulinex ? Quelques centaines de salariés encore sur le carreau en dépit des promesses de reclassement – impropres à faire des images, autant dire rien. Moulinex est une affaire exemplaire, un cas d’école pour une anatomie de la mondialisation. »

Frédéric Lordon, Comment la finance à tué Moulinex – Le Monde diplomatique, mars 2004
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Outre leur fond papier, les archives municipales d’Alençon possèdent cinquante heures d’enregistrement sonore de témoignages d’anciens employés de Moulinex.
Ce matériau allie la puissance émotionnelle des récits de vies entières vouées à l’entreprise, et l’appréhension d’une machinerie supérieure broyant les individus sous des logiques économiques implacables.

C’est de ces matériaux qu’est née l’envie d’écrire Un Cœur Moulinex.

Du mois de novembre 2012 au mois de juin 2013, j’ai écouté et retranscrit l’intégralité des cinquante heures de témoignage. J’ai pris contact avec les deux associations d’anciens employés de Moulinex. J’ai consulté films, livres, reportages télévisuels ou radiophoniques disponibles sur l’histoire de Moulinex et de sa chute.

Ensuite, je me suis mis à écrire…

Ouverture

– Moulinex…
– Ça vous dit quelque chose, Moulinex ?
– Des robots, des aspirateurs, des fers à repasser…
– Ça dit quelque chose à tout le monde !
– Moi, je me souviens de la yaourtière chez mes parents, quand j’étais petite. Orange et marron. Une sorbetière en aluminium, aussi.
– Le moulin à café de chez ma grand-mère. La purée, le dimanche.
– Ah oui ! Le presse-purée !
– Le nombre de fois où je me suis coincé, là, avec le moulin…
– On se battait pour tourner la manivelle !
– Moulinex, c’est un des plus grands succès industriels français du vingtième siècle.
– Ça faisait des batailles de cousins !
– Des dizaines de milliers d’ouvriers, en France et dans le monde entier.
– Une épopée de plus d’un siècle !
– Nous, on a voulu savoir.
– Comment ça commence, une aventure industrielle ?
– Comment ça évolue.
– On a voulu comprendre.
– Au début, c’est assez simple. C’est une histoire d’ici-même.
– Ça joue à domicile.
– Mais après, ça grandit. Après, ça se développe.
– Au début, il y a les filles du coin, les gars du cru.
– Le petit Georges, l’usine d’Ozé…
– Au début, c’est assez simple.
– C’est plus tard que ça se complique.
– Plus tard, ça se complique. Parce que plus tard, ça joue aussi en Espagne, en Pologne, en Italie.
– Ça joue en Irlande, en Allemagne.
– À Mexico.
– Ça joue aux banques, ça joue en bourse.
– Après, ça DRH, ça dir’com, ça management offensif…
– Ça troubles musculo-squelettiques.
– Ça rachète, ça sous-traite.
– Le monde moderne, quoi !


Pour découvrir le texte intégral, vous pouvez en faire la demande ici.

Lecture au Théâtre 13 dans le cadre des mardis midi des EAT
mise en lecture : Chloé Simoneau


compagnie Aberratio mentalis
mise en scène : Claude Viala
assistée de Hervé Laudière
avec : Julien Brault, Lorédana Chaillot, Hervé Laudière, Carole Leblanc,Véronique Muller, Christian Roux et Pascaline Schwab
scénographie : Shanti Rughoobur
musique : Christian Roux
costumes : Ninon Gourichon
lumières : Tanguy Gauchet
création sonore : Nulle Part Jamais

photographies : Yanis Tsigiannis