Une si jolie mariée

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D’un côté, les terrains de golf et les négociations informelles, fusions / acquisitions, coups spéculatifs et autres grandes manœuvres, de l’autre, les salles collectives de la société Elevmax Élévateurs, pauses cigarettes, fin de cantine, parvis d’usine après les journées de travail.
De toutes parts, des fragments de vie, moments saisis sur le vif, entre deux générations, entre deux mondes.
Il y a de la bascule dans l’air.
Quelque chose va se passer qui bousculera les habitudes.

Une si jolie mariée met en jeu l’instant précis du rachat boursier d’une entreprise et ses conséquences dans le quotidien des employés.

Une si jolie mariée est une commande passée par les Tréteaux de France – Robin Renucci, dans le cadre de la création du Faiseur, d’Honoré de Balzac.
Il s’agissait pour trois auteurs (Alexandra Badéa, Louise Doutreligne et moi-même) d’imaginer des petites formes en variation au texte original.
Reprise des personnages, des thématiques, de l’intrigue, toutes les modulations étaient envisageables.


Partie de golf

À l’aube.
Une prairie bordée d’étangs. Au loin, l’orée d’une vieille forêt de chênes.
Les brumes nocturnes ne se sont pas encore totalement dissipées et s’accrochent, éparses, aux arbres et aux roseaux qui bordent les étangs.
L’air glacé d’un début de journée d’automne.
Arnaud Lapalière entre, suivi d’une jeune femme poussant un caddy de golf.


Claire : Il est désagréable.
Arnaud Lapalière : Laisse-le.
Claire : Il s’imagine peut-être que je n’entends rien ?
Arnaud Lapalière : Ce n’est pas méchant.
Claire : Tu pourrais au moins prendre ma défense.
Arnaud Lapalière : J’aurais dû mettre une tenue plus chaude… L’hiver est déjà presque là. J’ai des frissons !
Claire : Tu pourrais faire attention à moi.
Arnaud Lapalière : Tu as froid, toi aussi ?
Claire : Il n’arrête pas de faire des remarques…
Arnaud Lapalière : Il faut dire /
Claire : Des commentaires dans son coin…
Arnaud Lapalière : Se mettre en jupe, à cette période de l’année… Est-ce que tu l’as retrouvée ?
Claire : Comme il me regarde, tu le vois ?
Arnaud Lapalière : Tu préfères qu’on déclare cette balle perdue ?
Claire : Arnaud, je te parle !
Arnaud Lapalière : Regarde autour de toi… Est-ce qu’ici, on n’oublierait pas complètement l’agitation du monde ? Tout… Cherche bien ! Nous voici comme plongés totalement hors du temps…
Claire : S’il continue comme ça, je rentre à Paris, je te préviens.
Arnaud Lapalière : On dirait que rien ne pourrait véritablement avoir prise ici. Ici, tout semble immuable.
Claire : Je n’ai pas l’intention de me laisser humilier sans répondre.
Arnaud Lapalière : Ce paysage pourrait être exactement identique à celui que nos pères voyaient avant nous, et leur pères avant eux, et les pères de leur pères…
Claire : Tu ne m’écoutes pas…
Arnaud Lapalière : On pourrait presque imaginer apercevoir un homme sortir de ces bois en traînant derrière lui le fagot de branchages qui chauffera sa maison… Il existe donc encore des espaces préservés… J’ai des frissons.


Pour découvrir le texte intégral, vous pouvez en faire la demande ici.

Les Tréteaux de France – Robin Renucci
mise en lecture : Bruno Cadillon
jeu : Judith d’Aleazzo, Solenn Goix, Sylvain Méallet, Patrick Palmero