Partie en Amazonie soutenir les indiens Guarani, Lucia Serfer est obligée de revenir précipitamment en France, au chevet de son frère, Samy, blessé lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre. Alors qu’il est plongé dans un coma profond, elle le découvre militant écologiste, engagé comme elle…
L’écriture de Marcher tout droit est un combat est inspirée de faits réels, survenus tant en Amazonie que sur les ZAD de Notre-Dame des Landes ou de Sivens. Il s’agit cependant d’une fiction qui déploie ses propres perspectives et sa problématique.
Une mécanique portée par la quête de la vérité et le questionnement intime du désir d’engagement.

Laboratoire de travail – Compagnie Bande d’art et d’urgence, mise en scène Corinne Méric (c) Frédéric Bertrand

Relier les situations

Au départ de Marcher tout droit est un combat, il y a la volonté de travailler autour de l’engagement, d’interroger l’inscription d’une action individuelle dans le monde : comment prendre part, prendre sa part, avoir prise ?

Au départ de l’écriture, il y a la ZAD de Sivens d’un côté – avec la mort de Rémi Fraisse – et les indiens Guaranis du Brésil – avec l’assassinat d’un de leur leader, Marcos Veron. Si ces deux événements sont présents dans l’écriture, le texte ne s’inscrit pas pour autant dans un courant documentaire. Les faits servent d’appui, de référents communs, mais Marcher tout droit est un combat est une fiction. Un questionnement sur notre manière d’habiter le monde.

Au départ de l’écriture aussi, il y a la fratrie – une sœur et un frère. L’un va se ranger derrière le tout petit, « l’insignifiant » local. Il est naturaliste, œuvrant à protéger les insectes et les fleurs de nos territoires. L’autre s’envole vers le lointain, les « causes » nobles. Elle est juriste tout juste embauchée par une ONG brésilienne de défense des peuples autochtones.

Leur point de rencontre se fait à l’endroit de la violence exercée contre eux. Violence milicienne ou violence policière. Comment le pouvoir en place s’arque-boute pour défendre coûte que coûte ses intérêts et ses capitaux. Comment, dans cette violence-là, se rejoue la tension entre une histoire individuelle et une volonté collective – un engagement vers.

Laboratoire de travail – Compagnie Bande d’art et d’urgence, mise en scène Corinne Méric (c) Frédéric Bertrand

 » On n’éteint pas le soleil en lui tirant dessus « 
slogan du Testet

Prologue

1.
– C’est la nuit.
L’odeur de terre humide remonte
jusqu’à ta chambre.
– Tu te dis que c’est la nuit.
– La pluie vient juste de cesser.
– En vérité, tu es surexcitée.
Tu frissonnes.
Lucia Serfer. – Je connais cette odeur.
– Tu relèves la maigre couverture
sur tes épaules.
Lucia Serfer. – Je dois dormir.
– Évidemment que c’est la nuit puisque tes volets sont fermés.
Lucia Serfer. – Il faut que je dorme.
– Il ne faut pas que tu prennes froid, surtout.
– À chaque fois que le vent
s’engouffre entre les planches
disjointes des persiennes,
l’odeur de terre humide remonte
à tes narines.
Claquement.
Lucia Serfer. – Demain…
– Tu frissonnes.
Claquement.
Lucia Serfer. – Enfin.
– Tu ne t’attendais pas à la retrouver
ici,
cette odeur.
– Souvenirs en rafale.
– Dix mille kilomètres entre toi et ton passé.
Lucia Serfer. – Il faut que je dorme.
Sonnerie.
– Demain, tu y seras.
Lucia Serfer. – Ce n’est pas mon lit.
– Tu n’es pas dans ta chambre, non.
Sonnerie.
– Tu es presque arrivée.
Lucia Serfer. – Tout est si vivant.
Sonnerie.
– Ton téléphone.
Lucia Serfer. – Rêche.
– Décroche.

Marcher tout droit est un combat
est une commande de la compagnie
Bande d’art et d’urgence, dirigée par Corinne Méric.
Le texte a été accompagné à la table par le collectif À mots découverts.
Il est lauréat du label Jeunes Textes en liberté.
Il est finaliste du troisième Prix Lucernaire Laurent Terzieff – Pascale de Boysson.
Il a été lu à la Mousson d’hiver, en 2020, et au festival Les Hauts parleurs, 2021.


Pour découvrir le texte intégral
vous pouvez en faire la demande ici.

  • Lecture au festival Nous allons bien #1

    Vendredi 10 décembre 2021, le collectif A Mots découverts proposait, en partenariat avec Le Nouveau Gare au Théâtre, une lecture de ma pièce Marcher tout droit est un combat.La lecture, dirigée par Louise Brzezowska-Dudek, était assurée par Anaïs Chartreau, Olivier Dote Doévi, Maud Roulet et Nicolas Senty.Ça sonnait juste.Ça rythmait […]