Martial Poirson – Les Enfants de Poucet

En 2014, Martial Poirson signait un très bel article synthétisant et problématisant les nombreuses réécritures du Petit Poucet fleurissant alors tant sur les scènes que chez les auteurs et les autrices de théâtre. Voici ce qu’il écrivait sur Un caillou dans la botte

Plus radicalement, c’est l’Ogre lui-même, que met en scène Simon Grangeat dans Un caillou dans la botte (2011), en la personne de Nikolaï Ogrovsky, qui « pour la première fois, prend la parole publiquement » pour « raconter son histoire, dire sa vérité », à la manière d’une enquête policière ou d’un procès criminel. Ce spectacle d’ombres mêlé de marionnettes, de maquettes, d’objets, « change le point de vue initial du conte et adopte, pour une fois, le regard de l’Ogre, ainsi qu’un peu de sa mauvaise foi ». Autrement dit, l’Ogre est présenté sous la forme d’un « brave carnivore, certes légèrement cannibale », « volé, dupé, ruiné, et ce en une seule nuit, par un misérable rejeton ». Dès la scène d’ouverture, le récitant, sous les traits duquel transparaît l’Ogre, prétend apporter un démenti public aux allégations frauduleuses du conte et en propose le travestissement burlesque : « Vous connaissez le petit Poucet ? Le génie qui sauve ses six frangins, les parents tellement pauvres, les petits cailloux blancs, la forêt, la nuit, la peur, le vilain ogre et ses terribles dents, vous connaissez ? On vous ment. Je m’appelle Nikolaï Ogrovsky. Je suis un carnivore, un viandard, un croqueur de marmots, un ogre. Je suis l’ogre. J’ai été trompé, maltraité. On m’a tout pris — ce que j’avais, ce que je suis, tout. On raconte n’importe quoi, mais je vais vous dire la vérité. Tout a commencé parce qu’à l’autre bout du pays, un type miteux s’est pris les pieds dans sa propre vie. Ce type était bûcheron, mais plus personne ne voulait de son bois. » Le récitant intervient ensuite de façon récurrente en appui de l’action des parents, qu’il compare à « des vraies crapules, des vauriens, des moi-moi égoïstes ». Il en propose un commentaire décalé, tout en filant la métaphore de la dévoration : « Pensez de moi ce qui vous chante, mais le mensonge, jamais. Faire des choses pareilles à ses propres enfants, la chair de sa chair, le sang de son sang ! Le sang… »

Si vous voulez retrouver l’intégralité de l’article, c’est ici.
Martial Poirson, « Les Enfants de Poucet : Avatars du conte dans le théâtre francophone contemporain (1989-2012) », ILCEA [En ligne], 20 | 2014, mis en ligne le 08 décembre 2014, consulté le 08 décembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/ilcea/2798 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ilcea.2798