La compagnie Aberratio Mentalis jouait mardi 15 janvier au Quai des Arts, à Argentan (Normandie).
L’usine Moulinex d’Argentan a fermé en 1997 et cette représentation a été l’occasion pour une partie des anciennes ouvrières et employées de Moulinex de retrouver leur histoire.
Jouer ici est évidemment très particulier.
Cela créé un souffle très émouvant lors de la représentation, quelque chose d’empathique qui vibre immédiatement entre la scène et la salle. Je ne peux m’empêcher de penser à cette re-présentation chère à Denis Guénoun.
Nous présentons de nouveau la salle sur scène et c’est si rare que les conditions soient réunies pour réussir cela !

Après la représentation, des discussions s’engagent, évidemment.
Vingt ans plus tard, la fermeture de l’usine reste toujours une plaie béante.
Les corps sont marqués, les gens abimés malgré tous leurs efforts.
L’extrême violence sociale qui fait s’arrêter une usine pendant que les financiers se servent dans les caisses arrête le temps.
On parle aussi des enfants des Moulinex ; certains d’entre-eux parlent aussi.
On parle des enfants des financiers de l’époque…
Comme si une histoire qui avait marquée plus d’un demi-siècle de la région pouvait se résorber en rasant des bâtiments.
Comme si l’histoire ne se transmettait pas de corps à corps, entre les familles, dans les villes.
En écoutant ces anciennes (et quelques anciens !) Moulinex, j’entends aussi notre dissociété se dire.


Un reportage de Rémi Mauger et de Nicolas Carbard pour France 3, à retrouver aussi ici.