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Comme si nous… L’assemblée des clairières


Nos Rêvoltes a été écrit dans le cadre d’une résidence de création en collège, porté par le Centre Culturel de La Ricamarie.
Le spectacle sera créé à l’automne 2023 par la compagnie Les Petites Gens, dans une mise en scène de Muriel Sapinho.

L’écriture

J’écris Nos Rêvoltes au croisement des mondes imaginaires et de la brutalité du réel.
J’écris pour savoir s’il peut subsister une part de rêve quand la violence du monde s’est abattue sur des enfants.
J’écris pour mettre des mots sur ce qui à trop souvent été tu jusqu’à nos jours – mais les mots les plus importants seront provoqués hors texte, hors scène, convoqués par le théâtre, pour l’après.
J’écris Nos Rêvoltes pour les vingt pour cent d’enfants qui sont suivis par l’aide sociale à l’enfance et qui ne sont jamais présentés comme des héros ou des héroïnes.

J’écris pour les éducateurs et les éducatrices, les assistantes et assistants sociaux, les infirmiers et les infirmières, les psychologues, qui ne sont jamais présentés comme des héros ou des héroïnes non plus.
J’écris pour toutes les défaillances du système, la maltraitance qui vient s’ajouter à la maltraitance.
J’écris pour les humains qui tentent de rester debout au milieu du naufrage.
J’écris pour que reste de l’humain.
Pour considérer l’autre.
Considérer.

J’écris Nos Rêvoltes pour savoir de quoi les nuits bruissent dans les couloirs des foyers collectifs, dans les chambres, sur les toits.
J’écris pour peupler l’imaginaire quand ses figures fondatrices ont fait faux-bond.
J’écris pour que le rêve existe et qu’il emporte ces vies vers l’ailleurs, malgré les failles et les blessures.
J’écris Nos Rêvoltes pour que les enfances se dressent et se rêvoltent.
J’écris pour l’après, pour l’adulte qui se construit en creux au sein de chaque enfant.

mars 2021

Entretien sur la pièce

la genèse de l’écriture
présentation de la pièce

Lire le début du texte

Lundi

1.

Il y a des enfances qui durent longtemps. Il y en a d’autres qui s’achèvent avant l’heure. La sienne commence quand il a douze ans, un lundi soir de novembre. La lumière du couloir découpe dans l’encadrement de la porte la silhouette d’une policière qui est venue pour lui.
– C’est toi, Joseph ?
– Oui.
– Tu sais pourquoi nous sommes là ?
– Oui.
– Il faudrait que tu prépares quelques affaires. Des vêtements, un pyjama. Tu vas partir avec nous, d’accord ?
– Oui.
– Prends ce qui est important pour toi. Un sac. Tu ne vas pas revenir ici avant quelques temps.
Ensuite, tout se mélange. De loin, il dit au revoir à sa mère. Elle est dans le salon. Elle pleure. Dehors, il fait froid. Il a son sac sur l’épaule. Peut-être bien qu’il pleut, même. Il frissonne. Il s’assied à l’arrière de la voiture. Le conducteur ne déclenche pas la sirène, le gyrophare non plus.
– Il ne faut pas avoir peur, d’accord ?
La voix de la policière tremble.
– Il ne faut plus avoir peur maintenant, elle dit.
Ses yeux se mouillent. Il trouve ça étrange : une policière avec les yeux qui pleurent…
– Maintenant que tu es avec nous, tu ne crains plus rien. Tu as compris ? Il ne va plus rien t’arriver.
Peut-être qu’elle a des enfants, elle aussi.

2.

Nour le repère dès le premier instant, sitôt qu’il entre dans la salle à manger. Ce n’est pas un habitué. Il n’a pas les bonnes manières, pas la bonne façon de se tenir debout. Il n’a pas la bonne façon de regarder les autres, regarder autour de lui.
Pourquoi les éducateurs l’installent à sa table ? Elle n’est pas charitable. Elle n’est pas gentille non plus. Elle a déjà bien assez de problèmes avec elle-même, alors aider les autres, elle n’a pas vraiment le temps.
Lui, il s’assied. Il reste là. Il ne bouge pas. Il la regarde fixement.
– Ce n’est pas parce que tu es assis à ma table qu’on est obligés de se parler, OK ?
Ce sont les premiers mots qu’elle lui adresse.
– OK, il répond.
– Ce n’est pas parce qu’ils t’ont collé à moi que je vais devenir ta meilleure copine ou ton garde du corps, OK ?
– OK, oui.
– Je m’appelle Nour.
– Moi, c’est Joseph.
– Tu es là parce que ton père te fracassait la tête pour se calmer le soir ? Pas ton père. Ton oncle ? C’est pas ça. T’aurais pas ta tête d’ange. Ils t’enfermaient dans la cave pour pas que tu les emmerdes pendant les vacances ? Dans les W.C. ? Tu dis rien. Ici, personne veut jamais raconter pourquoi il est là. C’est con. La psy, elle dit qu’il faut pas avoir honte. C’est pas à nous d’avoir honte. C’est aux autres. C’est à eux. Aux adultes qui nous ont pas protégés. Tu es d’accord avec elle ? T’es pas d’accord avec elle ?
– Si.
– Alors, mange ta soupe et tais-toi ! Elle va être froide.
Elle rit en disant cela. Un grand éclat qui déchire le silence des repas. Tous les regards se tournent vers eux.
Joseph s’enfonce sur sa chaise. Il s’efface. Il aimerait disparaître.


Pour découvrir le texte intégral, vous pouvez en faire la demande ici.

Images de la création


compagnie L’Artifice
mise en scène : Christian Duchange
jeu : Galla Naccache-Gauthier, Gaïa Oliarj-Inés, Théo Perrache
création et réalisation des costumes et des masques : Nathalie Martella
assistante costumes et masques : Cécile Choumiloff
création lumières : Julien Barbazin
composition musicale : Sébastien Dangoin, Jeanne Duchange
environnement sonore et régie générale : Anthony Dascola

Autour de la pièce